L’expédition au Grandgoulu, le repaire de Bedwyr

Campandré
André vilain de Campandré
Corneille Mantelée
Aar de Bjornaer
Alastaïr de Guernicus
Metkilde de Merinita
Feu Honoré de la Pommeraye
Pipa
Bedwyr de Diedne
Christian le Chef des bandits
Bosch le Faune
Maisons des Lutins

Très cher Magi de Fons Luminis,

Mon enquête sur le mage opérant des attaques sur les biens de l’église dans votre région est terminée, en partie grâce à l’aide que le conseil à bien voulu m’octroyer.
Aussi, le moment est venu pour moi de vous rapporter ce qui doit être connu de vous.
Ainsi vous pourrez je l’espère comprendre mes choix et agir en conséquence avec prudence et justesse.

Depuis la réunion du conseil, ma supposition sur qui pourrait être le mage des bandits à changé.
Le mage que je recherche n’est pas un mage non-hermétique ou un jeune mage non-affilié prêtant main forte à une bande de bandit ainsi que je l’ai d’abord espéré.
Tout indique qu’une maga est derrière ces manifestations magiques, une maga qui porte le nom de Bedwyr.
Lorsque son nom fut prononcé lors de la réunion, je fut assailli d’une vision lointaine du passé, une vision précise de mon enfance, le jour où j’avais croisé la route de Bedwyr.
A l’époque elle était une Druidesse puissante et respectée, écoutée et crainte, qui apportait son aide parfois au communautés celtes de la région.

 

 

Si Bedwyr est bien le mage qui à aidé les bandits, les conséquences pourraient être lourdes.
Je ne suis pas en mesure de stopper Bedwyr, même avec l’aide de plusieurs sodales de Fons-Luminis. Elle est trop puissante pour nous, pour l’instant.
Et si j’en appelais aux renforts de l’Ordre contre cette maga, cette survivante Diedne, je réveillerais à coup sûr la guerre du schisme à vos portes.
Il me fallait donc confirmer mon hypothèse, trouver Bedwyr et parvenir à parlementer.
Les Diedne ont été tué par décision de l’Ordre d’Hermès, ils étaient tous des Druides proches de la nature, des anciens dieux et de la féérie.
Il me fallait donc pour cette mission m’entourer de personnes qui soient le plus capables d’une approche diplomatique avec ce genre de mage.

 

 

Mektilde fut la première à laquelle j’ai pensé, son lien avec la féérie serait un atout.
Ensuite vint Aar qui me semble être davantage lié à la nature et à sa tradition Bjornaer qu’à la politique de l’ordre. De plus, son animal de cœur serait un atout pour trouver une piste.
Tout autre mage serait un risque.
La troupe serait enrichie de Pippa, la naine conteuse, pour ses atouts diplomatique avec les vulgaires, d’Eldir, le colosse Norrois, pour sa valeur au combat, de Viktor, l’éclaireur, parce qu’on a souvent besoin d’être éclairé et parce qu’il a vu et suivi l’homme à l’œil de sang, et enfin d’Honoré de la Pommeraye parce que depuis notre première rencontre nous cherchons lui et moi les bandits.

 

 

Il nous fallait maintenant trouver la piste de Bedwyr, soit en suivant la « corneille mantelée » qui lui est liée, comme vous l’avait conseillé Coedenseg, soit en trouvant l’homme à l’œil de sang que Viktor a vu en compagnie de la corneille discutant avec Rolf.
Toutes les pistes qui furent suivies par des troupes à la poursuite des bandits ont toujours mené à des forêts hostiles aux poursuivants.
Bedwyr devait donc se cacher dans une forêt, peut-être un regio.  Il nous restait à trouver quelle forêt ?

 

 

Parmi tout ces lieux anciens, sylvestres et féériques où le commun des hommes ne pose que rarement les pieds, il en est un qui de nombreuses fois à été cité lors de mon enquête: une partie de la forêt de Valcongrais sur les flancs du Mont Pinson, dans le pays du vingt Bec, un lieu appelé le bois du Grangoulu.

 

 

Alors que nous attendions le rétablissement de Mektilde, convalescente depuis ses précédentes mésaventures, je suis parti avec mon ami Sigismond interroger le meunier du moulin du Hom, non loin du pays du Vingt Bec.
Son jeune fils, Paul Touédic, avait été trouvé parmi les cadavres de quelques bandits tués en 1025 lors d’une attaque de caravane. Le vieux meunier était à l’article de la mort lorsque nous sommes arrivés et il a confié à Sigismond que c’est son fils ainé, Christian, qui avait entrainé Paul sur la voie du banditisme. Christian, le mal nommé, qui fut toujours une source de soucis pour ses parents, qui depuis tout petit ne pouvait s’approcher du curé sans hurler, et qui fut emmené dans la forêt par Bedwyr avant d’être homme fait. Le vieux meunier n’a revu Christian qu’une fois, lorsque ce dernier et venu chercher son jeune frère. C’était après la guerre du Schisme. Son fils avait changé, il s’était endurci, et il portait les stigmates de combats menés : son œil gauche était rouge de sang.

 

 

Nous connaissions maintenant mieux l’homme à l’œil de sang et il avait été plusieurs fois vu aux abords de la forêt du Valcongrais. L’expédition serait donc lancée vers le bois du Grandgoulu. Un matin de fin d’été 1031 donc, nous partîmes à 7 et sous un prompt vent fort, nous nous vîmes 7 en arrivant aux abords. Aux abords du bois du Grandgoulu vit en reclus dans sa cabane André Vilain.  C’est un berger et sa barbe et ses cheveux roux lui valent depuis toujours un sincère rejet des vulgaires alentours. Il sait que la forêt est peuplée de fées et de lutins et il leur fait régulièrement des offrandes.
Mais il ne les a jamais vu. Lorsque nous le rencontrons il nous dit qu’il a déjà vu un groupe de bandits mené par un borgne à cheval. Tout confirmait donc que nous étions sur la bonne piste et en m’approchant de la lisière, une perception Intelllego Vim certifia nos prévisions : le bois de Grandgoulu est hautement féérique et il nous faudrait bien y entrer pour trouver ceux que nous cherchions.

 

 

Nous sommes trois magi à l’orée d’un bois féérique sans doute hostile et nous cherchons le meilleur moyen d’agir, Mektilde à ma droite ne me parait pas si inquiète, sans doute sa filiation Merinita éveille sa curiosité davantage que sa peur. Aar à ma gauche ne montre pas de signe d’appréhension non plus, et même si je ne l’ai jamais vu en montrer aucun, je prends cela comme un encouragement. Il est nu comme un ver car il vient de se transformer pour nous rejoindre. C’est anecdotique. Pipa, Eldir, Viktor et Honoré sont resté près de la cabane au Vilain, car ce dernier s’est claquemuré d’effroi après avoir assisté à la transformation d’Aar d’aigle en homme. Visiblement pour lui cela n’avait rien d’anecdotique.

 

 

Je sens bien que notre troupe, même si elle tente en vain de rassurer le pauvre homme, n’est pas a son aise avec l’idée d’entrer dans ses bois. L’inquiétude habituelle d’une turbula qui accompagne ses magi en mission prend doucement des airs de grogne. Je comprends : nous allons nous jeter dans la « gueule du loup », pour trouver une maga bien plus puissante que nous et tout cela sous les ordres d’un magus qui ne fait même pas partie de l’alliance. Aussi le moment me parait opportun de leur révéler la raison qui doit nous pousser à rencontrer et parler avec Bedwyr plutôt que de la combattre :
« Bedwyr est la filia de Dillinwyr, le puissant druide qui a sauvé Fons-Luminis du démon Abbadon et elle a hérité de sa connaissance des combats contre l’occulte. Nous avons donc besoin d’elle si la prison d’Abbadon est sur le point de céder ».
La nouvelle semble trouver sens dans l’esprit de la troupe et même si je doute que Viktor et Eldir entendent parfaitement la teneur de cette révélation, je sens que tous ont compris qu’il était dans l’intérêt de leur alliance d’aller inspecter ces bois.
Nous pénétrons donc dans la forêt et très vite, nous nous perdons.

 

Aar en survolant les lieux nous en avait pourtant fait un description précise :
le bois du Grandgoulu s’étale sur quelques lieues tout autour du Mont Pinson. La montagne abrite une grosse colonie de corneilles et s’échappe, non loin du sommet, une fumée qui témoigne d’un campement habité. Une gigantesque caverne ouvre sa gueule béante sur un des flancs et un trône de pierre gigantesque lui fait front. Des vignes sont cultivées sur les coteaux les mieux exposés au soleil.
Le site aurait du être rejoint en une ou deux heures après avoir dépassé l’orée, mais très vite nous perdons tous nos repères. Seule la nuit tombante nous informe des heures que nous avons passé à marcher et nous n’avons aucune idée du chemin parcouru. Viktor a repéré les traces d’un ours gigantesque que nous tentons d’éviter. Aar à beau s’envoler pour tenter de nous guider, ce qu’il voit du haut ne correspond pas avec ce que nous vivons sous les frondaisons.  Pourtant, je marche dans les pas d’Eldir pour garder ma concentration sur un sort de « déchirement du voile de la féérie » et je suis donc certain que nous ne sommes pas entrés dans un regio. Nous arrivons à la conclusion que le mont Pinson doit être protégé par une magie semblable au voile qui protège Fons-Luminis. Le tintements de petites clochettes sur notre parcours indique que des fées et lutins nous observent et Mektilde tente de les persuader que nos intentions sont bonnes. Il faudra deux épuisantes journées d’errance pour qu’enfin les clochettes daignent nous guider vers les gardiens des lieux.

 

 

Les premiers habitants des lieux qui nous sont apparus ont été les fées et lutins, dans leur petit village arboricole. Ils nous ont accueilli courtoisement, en souriant et nous ont invités à les suivre. Leur apparence est très bigarrée, certain ont des ailes ou des membre d’animaux divers, d’autres ressemblent à de tous petits humains. Sur le chemin certains s’empressent de nettoyer les taches sur nos effets ou de briquer les boucles de nos sacs. Ils nous ont guidé jusqu’au village des faunes.

Les faunes vivent plus près du mont dans une clairière, leur habitations sont de simples huttes de peaux et de branches. Difficile de savoir combien vivent là, nous ne voyons que des mâles. Ils protègent farouchement une humaine qui est enceinte. Elle s’appellent Lara, ils nous disent qu’elle est leur femme et elle semble bien traitée. Nous ne pourrons pas lui parler. C’est Bosh qui nous parle, c’est le patriarche des faunes et sa peau ainsi que les bois qu’ils porte tel un vieux cerf témoignent de son âge vénérable. Il est le maitre ici et tout les habitants et animaux de cette forêt lui obéissent. Il nous invite à nous assoir autour d’un feu et à boire de son vin, ce que nous faisons. Quand je lui demande si nous pourrons rencontrer Bedwyr, il me dit qu’elle viendra, plus tard.
Nous nous reposons donc et profitons du vin et de la nourriture qui nous sont servis.  La nourriture est bonne, le vin encore meilleur fait son effet sur nos esprits, les fées, lutins, animaux et faunes sont chaleureux autours de nous. Lara ne partage pas notre soirée. Tout ceux qui sont là ne s’occupent que de profiter des bienfaits de cette terre.

 

 

Puis, Bedwyr vint…

Elle est apparue sous la forme d’une corneille noire, accompagnée de la corneille mantelée, son familier.
Elle a pris forme humaine devant nous, toute habillée.
Une partie de son corps et de son visage portent les stigmates de brulures importantes, héritage de la guerre du schisme.
Elle nous a observé et nous a questionné, nous les mages, sur nos intentions et nos maisons d’origine, elle grimace un peu en entendant nommer ma maison. Nous devinons que nous avons bien fait de ne pas venir accompagnés de magi Tremere ou Flambeau.

D’elle émane une incontestable autorité et tous nous l’avons écouté sans l’interrompre.
Voici en résumé ses intentions vis-a-vis de Fons-Luminis :

Elle sait que nous sommes installé depuis peu et nous observe.
Elle n’a aucune intention de nous nuire, tant que nous ne la menaçons pas.
Elle est bien la filia de Dillinwyr et pourra nous aider à maintenir la prison du démon si notre entente future est bonne.
Elle cherche un apprenti pour lui transmettre son savoir.

Elle a besoin de toute les ressources possible à l’étude du Vim, summae, tractatus ou Vis Vim brut.

Concernant Christian et les bandits voici son point de vue :

Christian est un compagnon proche, elle a besoin de lui.
Les bandits lui procurent les ressources dont elle a besoin.
Elle a demandé au bandits de ne plus agir dans le Comté.

Bedwyr nous a ensuite demandé de revenir la voir précisément dans une lune puis elle a disparu. La nuit s’est doucement éteinte dans les brumes du vin féérique et le lendemain, en étant bien guidés il ne nous faudra que deux heures pour quitter le bois du Grangoulu.

 

 

Très chers Magi de Fons Luminis, voici ma conclusion :

J’ai promis à Bedwyr que mes intentions n’étaient pas de la dénoncer à l’ordre pour l’instant. Ce faisant je me place en opposition avec ma charge de Quaesitore. Ce qui implicitement vous place vous, mages de Fons Luminis dans une situation de complicité de ce crime.
Je lui ai dit que nous reviendrons à la prochaine lune avec des signes de notre bonne volonté à son égard.
Je lui ai dit que je connaissais la parfaite apprentie pour elle en la personne de Jehane et qu’elle pourrait la rencontrer lorsque nous accompagnerons cette dernière à la colline du cornu.

Aar et Mektilde me semblent en accord avec mes choix mais nous n’en avons pas réellement parlé sur la route du retour.

Si vous validez cette attitude face à une survivante Diedne, vous vous liez à moi dans un mensonge fait à l’Ordre d’Hermès tout entier. C’est un second secret inavouable après la découverte de l’origine de Lymphéa. C’est beaucoup. C’est pourquoi je compte demander à mon alliance, Confluensis, l’autorisation de venir m’installer parmi vous, si vous voulez bien de moi comme frère dans l’accomplissement de la destinée de Fons-Luminis. Je pense que Confluensis à de bonnes raisons politiques d’accepter mon départ pour Fons-Luminis, je vous expliquerai pourquoi plus tard.
Si toutefois vous pensez qu’il est plus raisonnable de livrer Bedwyr à la vindicte de l’ordre, réfléchissez à deux fois : cela amènera une guerre des mages sur nos terres, fera d’une puissante mage votre ennemie et compromettra le seul soutien plausible que nous avons pour empêcher Abbadon de s’éveiller à nouveau.

 

 

Maintenant que j’ai fait mon choix, le fardeau de cette lourde décision vous revient, mes cher Sodales qui, je l’espère bientôt, seront mes chers frères d’alliance.

Alastair, Quaesitor de Guernicus