Le Règne du Duc Robert entre 1027 et 1031.

Le Duc Robert de Normandie

Le Duc Robert est un homme pressé, ambitieux et belliqueux qui montre à tous qu’il entend tenir la Normandie d’une main de fer. Toujours sur la brèche, il parcourt la Normandie de long en large avec sa cour et son armée, guerroyant sans cesse contre tous ceux qui contestent son pouvoir. Il est beaucoup plus apprécié par les normands du Sud que par ceux du Nord et sa réputation dépasse de loin les frontières de son duché. Il sait également être un vassal et un allié exemplaire.

Beaucoup de jeunes nobles le suivent dans ses pérégrinations afin d’obtenir ses faveurs et la gloire. Tel est le cas d’Erneïs de Tesson qui, âgé de 14 ans, est parti tout l’été guerroyer avec son duc pour le compte du Roi de France.

Voici ce que des personnes érudites tels que les mages de Fons Luminis sont susceptibles de savoir sur les 4 premières années de son règne.

Début de règne mouvementé :

Robert le Magnifique est le second fils du duc Richard II de Normandie. À la mort de ce dernier en 1026, son fils aîné Richard III lui succéda naturellement tandis que Robert se voyait confier la vicomté d’Hiémois avec pour capitale Exmes. Ce dernier préféra résider au château de Falaise plutôt que dans la motte féodale de bois d’Exmes.

Dans la même année, le cadet se révolta contre le duc. L’armée ducale se présenta alors devant Falaise où était retranché le rebelle. Robert capitula et se soumit à son frère. Il rendit l’hommage vassalique à Richard et put conserver le comté d’Hiémois. Mais en 1027 Richard III mourut empoisonné. Aussitôt, Robert écarta de la succession le fils bâtard du défunt, Nicolas, et monta lui-même sur le trône à l’âge de 17 ans.

Le nouveau maitre de Normandie détient alors un pouvoir contesté et convoité par plusieurs de ses cousins, les fils bâtards de ses prédécesseurs (que l’on appellera plus tard les « richardides »). La révolte est agitée par l’oncle du Duc, Sa Sainteté Robert « le Danois », archevêque de Rouen et personnage controversé. Il est à la fois marié et religieux, ecclésiastique et seigneur laïc. Ses tentatives pour renverser son neveu entraine le duc Robert à entreprendre le siège de sa ville, Evreux en 1027, à l’issue duquel il est sommé de quitter le duché. Il se réfugie à la cour du Roi de France, Robert II le Pieux.

Une nouvelle rébellion éclate en 1028, dirigée cette fois par le demi-frère de Richard Ier qui n’accepte pas d’être écarté du conseil ducal. Alors qu’il se rend dans le domaine royal pour demander le soutien du roi et obtenir des troupes, le duc Robert s’empare de la forteresse d’Ivry, possession d’Hugues, et contraint ce dernier à demander la paix. Celle-ci est signée à la condition qu’Hugues s’éxile et que le château d’Ivry ainsi que toutes ses dépendances soient rattachés au domaine du duc.

La dernière révolte est celle du comte de Bellême, Guillaume Ier de Talvas (le beau-père de Metkilde), qui contrôle le sud de la Normandie à partir d’Alençon et qui refuse de prêter serment d’allégeance à Robert. En 1029, après le siège et la prise de la ville de Domfront, Guillaume se rend, suppliant Robert de le pardonner, pardon qu’il offre non sans le faire déambuler devant toute son armée à quatre pattes et avec la selle d’un cheval sur le dos. Au même moment ou peu après, ses fils Foulques et Robert mènent des pillages depuis un refuge sans doute situé dans la forêt de Blavou. Une troupe est envoyée par le duc. Foulques est tué, Robert est blessé. Humilié et triste, Guillaume meurt peu après.

Conflits avec l’Église

La raison pour laquelle Robert le Danois agita la révolte contre Robert, est certainement la politique ducale envers l’Église. En effet, durant les premières années de son principat, Robert enleva des terres à plusieurs abbayes et grandes églises pour les distribuer à de jeunes nobles (tel Roger de Montgommeri). C’est un moyen de les fidéliser et de les récompenser à moindre frais. Mais Robert rompt avec l’attitude de ses prédécesseurs, notamment Richard II, qui s’étaient montrés généreux envers l’Église.

Forcé à l’exil après le siège d’Évreux (voir plus haut), Robert « le Danois » se rendit auprès du Roi de France. Puis, pour faire fléchir son neveu, il lança l’anathème sur la Normandie. La sanction ecclésiastique fit son effet : Robert rappela son oncle et le rétablit dans ses charges comtales et archiépiscopales. Depuis l’archevêque a retrouvé une haute position à la cour ducale et il semble avoir convaincu son neveu qu’une bonne entente avec l’église était indispensable. Ainsi la cathédrale de Rouen et les abbayes de Fécamp et de Saint Wandrille se sont vu restitués leurs biens.

Le maintien de la suzeraineté sur la Bretagne

À la suite de Rollon, les ducs de Normandie interviennent régulièrement en Bretagne. En 1008, la mort du duc breton Geoffroi Ier laisse le pouvoir à sa femme Havoise de Normandie, sœur de Richard II. Le duché de Bretagne est alors placé sous la tutelle du duc de Normandie. Les rapports entre Normandie et Bretagne sont alors empreints d’une grande proximité. Cependant le fils d’Havoise et Geoffroi, Alain, devenu adulte, souhaite s’émanciper de la tutelle normande. Selon Guillaume de Jumièges, le duc de Bretagne refuse l’allégeance à Robert le Magnifique, signal de la guerre entre les deux duchés.

En 1030, après avoir consolidé son pouvoir, Robert construit une forteresse sur la frontière, située proche du Couesnon à Chéruel (Manche). Il lance ensuite une attaque terrestre soutenue par sa flotte qui ravage la côte. Alain riposta en envahissant l’Avranchin mais les Normands Alfred le Géant et Néel II de Saint-Sauveur écrasèrent les Bretons dans une bataille.

Alain s’incline et sollicite la médiation de l’archevêque Robert, parent commun. Il se reconnaît vassal de Robert lors d’une rencontre au Mont-Saint-Michel.

Au secours du roi de France et du comte de Flandre

Le duc de Normandie apporta aussi un soutien décisif au comte de Flandre Baudouin IV. En 1029, ce dernier dut faire face à une rébellion de son fils Baudouin. Il trouva en Robert l’aide militaire dont il avait besoin pour reprendre en main le comté. Robert le Magnifique entra en Flandre s’empara du château de Chocques. Effrayés, les grands abandonnèrent le fils, qui à son tour, consentit à rendre le pouvoir à son père.

Durant l’été 1031, lors de la mort du roi de France Robert le Pieux, son fils aîné et successeur Henri Ier se heurta à une révolte de son frère cadet Robert, appuyé par sa mère Constance d’Arles. Le comte de Blois Eudes II se mêla à l’opposition contre le nouveau roi. Face à une telle coalition, Henri Ier dut quitter le domaine royal et trouver refuge à Fécamp auprès du duc de Normandie. Ce dernier a décidé de l’aider dans son entreprise de reconquête. Une grande bataille s’est déroulée  à Villeneuve-Saint-Georges et Robert  assiégea les partisans de Constance à Poissy. La Rumeur court sur son retour imminent en tant que vainqueur. Affaire à suivre…

L’expédition d’Angleterre

La cour normande accueille depuis le principat de Richard II de Normandie les deux fils du roi anglo-saxon Æthelred II. Celui-ci avait dû quitter son royaume en 1013, chassé par les Danois. Après l’avoir reconquis en 1014, Æthelred est mort deux ans après. Depuis 1016, Knut le Grand, le roi de Danemark, régnait donc sur l’Angleterre. Richard II témoigna d’une certaine neutralité vis-à-vis de son voisin d’outre-Manche, d’autant plus que le Danois avait épousé sa sœur Emma, la tante de Robert. Mais cette femme, veuve d’Æthelred II, était aussi la mère des deux enfants d’Æthelred, réfugiés en Normandie : Alfred et Édouard.

Au contraire de son père, Robert le Magnifique s’engage clairement en faveur des deux cousins exilés. Il a envoyé à Knut une ambassade à la fin du printemps 1031 pour lui demander de rendre le royaume aux enfants d’Æthelred. Le Duc attend toujours la réponse. Affaire à suivre…