Le Maitre des Nuées

Cinq heures du mat’ j’ai des frissons, je claque des dents et je mange du son.
Seul sous la pluie dans ma cape bleue froissée, c’est l’insomnie…

Le 29 Juin 1030

Couvent de Sainte Honorine

Evrard m’a demandé de l’attendre avec mes hommes au campement que nous avons installé aux abords du couvent de Sainte Honorine pendant qu’il s’y rendrait pour demander le gîte et le couvert aux nonnes. Nous venions d’Amiens et étions à peine entrés sur les terres de la Pommeraye, dans la baronnie de Taisson.

Inquiet de ne le voir revenir, cela fait des heures que je guette devant le couvent sous une pluie battante quand enfin la porte s’ouvre. Evrard en sort accompagné de quatre individus qu’il me présente : Lothaire, un drôle de prêtre sans croix ni rosaire, Aar, un sombre personnage hirsute qui ne m’inspire rien de bon, Adeline, une beauté surnaturelle en armes et armure qui ne peut cacher ses fines oreilles à mon œil exercé et Angus, un solide soldat au visage marqué d’une vilaine brûlure.

Je n’ai donc pas été témoin des évènements à l’intérieur du couvent, mais c’est à peu près ainsi qu’Evrard me les rapporta :

Evrard entra dans le couvent, en plus des sœurs il y rencontra les quatre individus susnommés. Lothaire souhaitait consulter un ouvrage de la bibliothèque du couvent pour en apprendre plus sur

Angus Sanglé

le Maître des Nuées. Evrard dit l’avoir déjà vu et qu’il est responsable de l’étrange orage que nous voyons ici, il souhaite l’attraper et le maîtriser mais Adeline, elle, préférerait le tuer, elle et Angus semblent être venus dans ce but.

Angus leur raconte alors qu’il a élevée Adeline jusqu’à ce que son vrai père l’accepte à la mort de sa femme. Il y a 11 ans, alors qu’ils chassaient, il y eu un orage et un destrier fonça sur Adeline. Cadel, le fils d’Angus mourut dans l’affrontement. Mais le Maître des Nuées fut blessé, il peut donc être atteint…
Son récit semble confirmé quand Cassius, un ménestrel présent au couvent, reconnaît Adeline. Elle serait donc la fille illégitime du Seigneur veuf de Tournebut, Thomas le Pieux.

Aar de Bjornaer

Il s’en suivi un débat où il était question de la santé mentale d’Evrard, de son apparente sincérité, de la nature démoniaque du Maître des Nuées et de la nécessité de le tuer ou non…

Minuit sonna au cloché de la grande église du couvent.

Aar se transforma en aigle et disparu par une fenêtre du bâtiment. Il revint et leur décrivit l’orage. Son aspect et son déplacement surnaturel sont inquiétants, il est très localisé et se rapproche, il est au nord du couvent et semble se diriger vers le petit village d’Esson.

Il est deux heures du matin, les cloches sonnent les vigiles, la première prière des sœurs.

Lothaire raconte l’histoire de Ste Honorine. Née au Fay en 880, elle fut courtisée par le fils d’un seigneur du pays au Chêne des Amoureux puis violemment poussée dans un rosier par ce prétendant lorsqu’elle l’éconduit. Les griffures d’épines marquèrent sa joue gauche. Elle dédia sa vie à Dieu et fit des miracles. Il existe deux calvaires dédiés à sa mémoire dans la région : le

Evrard d’Ex Miscellanea

premier au carrefour au sud de Tournebut où elle y fit son premier miracle en ressuscitant un aïeul du Seigneur de Tournebut en déposant 3 roses sur sa blessure infligée par le Maître des Nuées. Le second au gué de la Bataille, son deuxième miracle, elle guérit les soldats tombés au combat contre les vikings, puis les persuada de lâcher leurs armes pour se mettre au service de leur prochain. Elle fut tuée en martyre par le Maître des Nuées. L’essentiel de sa dépouille est sous l’autel de l’église du couvent de Sainte Honorine (ce qui explique certainement la puissante aura divine de ce couvent).

Honorine la préchantre du couvent

Evrard convainc la sœur Honorine, bibliothécaire du couvent, de lui donner accès aux ouvrages souhaités en lui annonçant la venue imminente du Maître des Nuées. Elle lui indique un ancien parchemin en rouleau écrit en latin, l’Elemental Tractata rédigé par Renita de Bjornaer qui traite de la nature relative aux élémentaux et notamment du Maître des Nuées. Dans cet ouvrage, le Maître des Nuées y est décrit comme un cavalier de l’Apocalypse né du déchaînement des éléments, un élémentaire qui laisse des marques de brûlure sur la joue gauche de ses victimes et qui peut être détruit mais réapparaîtra sûrement à la prochaine tempête. Renita de Bjornaer l’aurait observé une fois à la fin du IX° siècle.

À la fin du rouleau se trouvait une missive jaunie mais plus récente que le Tractata, manuscrite en latin et adressée à Mirienna et dont la signature était illisible. L’auteur de la lettre remet en question la thèse du Tractata, l’auteur pense que si le destrier pourrait bien être un élémentaire, le cavalier pourrait être un humain qui portait en lui une telle rage qu’elle lui donnerait des pouvoirs magiques. Il appuie sa thèse sur l’étude de certaines légendes locales consacrées à un jeune chevalier.

Le clocher retentit cinq fois. Ils décidèrent de quitter le couvent pour poursuivre l’orage qu’ils soupçonnent être le Maitre des Nuées.

Lorsqu’ils viennent à ma rencontre, aucun ne semble gêné par la tâche de vin en forme de fourche sur mon visage, bon début…
Les présentations faites, nous nous engouffrons dans la forêt. Nous traversons une rivière en crue grâce à un petit pont de bois créé par Aar à grands renforts de logorrhée et de gestes grandiloquents. La fatigue de la longue nuit commence à se faire sentir chez la plupart des compagnons.

Une petite côte permet une vue assez dégagée et au loin nous découvrons un grand chêne autour duquel crépite un anneau de flammes d’un pied de haut dans lequel des silhouettes canines bondissent. Le corps d’un homme immobile est allongé au pied de l’arbre. Le cercle de flammes provient des empreintes de sabots d’un destrier. Les cinq chiens protègent leur maître, ils sont paniqués, agressifs et en colère. Angus saute par-dessus les flammes et reconnait Josselin de Tournebut, l’écuyer de Raoul II de Taisson, c’est le demi-frère d’Adeline. Les chiens sont prêts à l’attaquer. Aar et Adeline le rejoignent, les chiens reconnaissent Adeline et se calment. Josselin, agonisant, sussure « Marie, ma pauvre Marie » puis s’évanouit. Adeline tente en vain de sauver la vie son demi-frère.
L’orage s’éloigne du village et les traces de sabots le suivent vers le nord. À leur point de départ les traces sont plus profondes, comme si le destrier était arrivé d’en haut, puis a fait plusieurs fois le tour de l’arbre. Victor, mon fidèle chasseur, tente d’éteindre les flammes avec son outre mais ce feu ne semble pas sensible à l’eau.

Feu Josselin de Tournebut

Evrard accourt vers le corps sans vie de Josselin en incantant pour tenter de lui « parler ». Angus l’en empêche puis finit par céder.
Josselin parle avant de te taire à jamais !
« Il était là sur son destrier noir et il m’a dit ‘si je ne peux pas l’avoir, personne ne l’aura. C’est l’unique chose que tu ne puisses me prendre, mon frère.’ Cela m’a surpris. Je ne suis pas son frère. Je me suis avancé pour protéger ma Marie et défendre son honneur, mais la foudre a jailli de sa lance et m’a jeté à terre. Ensuite, du haut de sa monture, ce lâche coquin m’a facilement fait retomber chaque fois j’ai voulu me relever ? Puis, lorsque mes forces m’ont abandonné, il a attrapé ma pauvre Marie et il l’a enlevée. Il me semble que j’entends ses cris… Je vous en prie, retrouvez-la ; si ce démon a touché à un seul cheveu de sa tête, poursuivez-le et faites-le lui payer ! » et il se tut à jamais.
Nous découvrons un lambeau de tissu noir serré dans son poing.

Soudain, les yeux de Lothaire se révulsent et il part en courant tout droit dans la forêt. Il revient et tente de minimiser son action. Il aurait eu une vision d’une jeune femme dans la forêt, peut-être Marie, au pied d’un bosquet de pins. Il lui offrait son amour éternel mais son amour appartient à quelqu’un d’autre. Puis la jeune fille gît comme une poupée de chiffon…
La proximité du Maitre des Nuées semble bouleverser le comportement de certains.

Adeline dépose le corps de Josselin sur sa monture et le ramène au couvent. Nous nous reposons jusqu’au retour d’Adeline.

Nous repartons en direction d’Esson. Une fois dans le village, nous découvrons des maisons détruites. De l’église de pierres se font entendre des psalmodies. Une jeune fille blessée gît dans une flaque d’eau entourée d’un cercle de feu créé par des sabots. Elle pleure en se tenant la joue, une brûlure en forme de main la défigure, elle a dû être giflée par le Maitre des nuées (comme Angus par le passé lorsque le Cavalier lui a pris son fils Cadel). C’est Marie Dubois, la fille du charpentier du Thuit, sacrée reine de Mai le mois dernier. Quand Angus saute dans le cercle de feu, elle crie et se débat tel une hystérique. Lothaire l’interpelle et lui ordonne de se calmer et d’obéir à Angus qui peut ainsi la sortir du cercle de feu.
Les portes de l’église s’ouvrent et 3 jeunes hommes passent la tête en nous insultant et nous ordonnant de la laisser tranquille. Puis un prêtre sort en tendant une croix et nous ordonne de fuir en nous traitant de démons. Nous décidons de continuer notre route et de suivre les traces.

Nous arrivons à un carrefour au sud de Tournebut, au calvaire de Ste Honorine. Une vieille femme unijambiste se balance en psalmodiant calmement en latin, cette ermite semble indifférente au cercle de feu qui entoure le calvaire et sa petite hutte. Il y a un bouquet de 3 roses sur un autel en offrande. Sans réponse à nos appels nous continuons notre route. Les traces semblent nous mener à Tournebut.

Avant de quitter le calvaire dressé à la mémoire d’Honorine, Angus prend les trois roses posées sur l’autel.

Aar de Bjornaer

Nous nous dirigeons vers Tournebut en suivant les traces de feu laissées par les sabots du destrier maléfique. Aar nous précède en volant sous sa forme d’aigle, les traces du cavalier sont chaotiques et ne suivent pas toujours le chemin. Il découvre Tournebut entouré de flammes. Tournebut est un fort aux palissades de bois, un bâtiment à l’intérieur du fort est en feu. Il voit les traces rebrousser chemin et donc se diriger vers notre petit groupe.

Alors qu’en suivant les traces nous nous étions enfoncés dans la forêt, le Maître des Nuées surgit face à nous, il est à une centaine de pieds, sa monture se cabre rageusement, il brandit une lance parcourue d’étincelles de foudre. Je brandis mon imposante hache et fonce vers lui, quelques flèches sifflent à mes oreilles mais aucune ne blesse le Maitre des Nuées. Lothaire incante en pointant du doigt le cavalier, la main de ce dernier est prise de tremblements et il lâche sa lance surnaturelle. Cela me met en confiance un bref instant mais hélas, il ne semble pas être très perturbé car il entame une charge dans ma direction, il dégaine une épée qu’il pointe vers moi dans sa course. Je ne sais si c’est le sortilège que m’a fait Evrard pour atténuer ma peur des flammes ou Dieu qui se joue de moi, mais alors qu’il me faut éviter cette attaque, mes jambes me trahissent, je suis tel un pantin inanimé. L’épée du Maitre des Nuées touche mon torse, elle se faufile entre les écailles de mon armure, déchire mon gambison et pénètre mes chairs. Mes os se brisent et la lame transperce mon cœur avant de ressortir par mon dos. Je sens la vie me quitter rapidement, mon corps se soulève de terre puis retombe lourdement quelques toises plus loin. Me voici décédé.

Le Maître des Nuées continue sa charge, traversant le petit groupe effaré et poursuit sa route.

Evrard se précipite auprès de moi et constate que la vie m’a quitté. Les autres s’approchent également. Le battement faible mais régulier de mon cœur se remet à irriguer mes veines. J’ouvre les yeux en hurlant « ou est-il que je le tue !? »

Autour de moi, la troupe est fort surprise de me voir survivre à une telle attaque. La gravité de la blessure encore ouverte dans ma poitrine ne laissait aucun espoir.

Vivant mais comateux, ils décident de me ramener au calvaire de Sainte Honorine pour me mettre à l’abri. Angus et Victor s’en chargent, ils veulent me déposer près de la cahute. Mais en entrant dans le cercle de flamme leur humeur change, ils deviennent colériques. Victor harangue vertement Angus, celui-ci sort un couteau et le blesse au visage. Je puise dans mes faibles forces pour hurler du plus fort que je peux et leur ordonne de se calmer et de rejoindre les autres. Ce qu’ils font, Dieu merci. Je reste donc en compagnie de cette vieille folle qui psalmodie dans sa barbe, la suite me sera racontée par Evrard et Victor telle que je vais vous la narrer.

La palissade du Fort de Tournebut

La troupe réunie repart en direction de Tournebut.

En route, Lothaire raconte ses visions, il revit la vie du cavalier. Il a menacé son frère avec une épée et l’a tué en lui tranchant la gorge mais Sainte Honorine l’a relevé. Sa colère a créé un cheval élémentaire alors qu’un coup de foudre tombait du ciel. Il serait à la recherche de son frère pour se venger. Il s’appelle Fallémon de Tournebut.

Lorsqu’ils arrivent aux abords du fort, ils voient le Maître des Nuées à l’extrémité de la palissade ouest, sa monture se cabre puis il fonce en chargeant vers eux. Les archers lui décochent quelques flèches sans succès, le voici bientôt prêt à s’abattre  sur eux mais il s’arrête brusquement, fait demi-tour et s’enfuit vers l’est. Un peu soulagés mais surtout fort surpris, ils perçoivent une lueur derrière eux, ils ont juste le temps de voir la silhouette évanescente d’Honorine disparaître.

Ils prennent en chasse le Maitre des Nuées à nouveau. En suivant les traces ils arrivent au bord d’une rivière dans laquelle les traces du destrier ont provoqué une ébullition à la surface de l’eau. De grosses bulles d’eau semblent vouloir sortir de la rivière, sous ses bulles apparaissent des formes humanoïdes. Trois trolls d’eau sont maintenant sur la berge et les attaquent. Après une violente mais courte bataille au cours de laquelle Victor et Adeline sont blessés, ils défont les trois trolls et partent chercher un guet avant que d’autres trolls ne surgissent. Ils traversent la rivière après ce bref détour et continuent leur poursuite.

Lothaire a une autre vision. « Père je reviendrai me venger l’épée à la main ». Lothaire retrace son parcours via ses visions. Le cavalier avait le don.

Ils voient l’orage arrêté au-dessus d’un essart, ils s’approchent et distinguent un bosquet composé de pins, les seuls de cette forêt. Lothaire dit reconnaître ce bosquet, l’avoir déjà vu dans ses visions. C’est là qu’il a déclaré sa flamme à Honorine. La pluie y est bizarrement moins forte. Le bosquet est entouré d’une aura divine et d’un regio. Dans le bosquet se trouve une clairière avec un autel de pierres entouré de rosiers ainsi qu’une croix de bois et 3 roses sculptées. Lothaire s’agenouille devant l’autel par 3 fois. Il remonte le temps. Les autres font de même. 3 fois le tour de l’autel. Le temps remonte encore. Petit à petit le décor change, l’autel semble plus récent, les roses plus fraiches. 3 fois ils se piquent le doigt sur une épine. Et le temps est totalement remonté. Une jeune femme apparaît, la joue gauche marquée, une auréole au-dessus de la tête, le regard doux et déterminé. C’est Honorine, elle dit qu’il faut mettre fin à la lutte du Maître des Nuées en l’amenant ici pour la retrouver, lui dire qu’il est innocent car c’est la tempête qui l’a tuée et que c’est sa colère qui l’a suscitée et non lui.

Ils s’éloignent et le bosquet reprend son apparence.

Les mages prennent les trois roses qui semblent contenir du vis. Angus cueille également quelques roses, Lothaire et Evrard en sont fort fâchés…

Lothaire explique que ce bosquet de pin est un régio divin de trois niveaux avec des auras successives de force 1, 3 et 5.

Ils reprennent la route vers le promontoire ou semble se trouver le maître des Nuées. Ils le trouvent dressé au sommet de la colline, invectivant le ciel, des arbres arrachés jonchent le sol. Lothaire se dirige vers lui et lui dit : Maître des Nuées, j’ai un message pour vous ! Vous n’y êtes pour rien ! C’est la tempête qui l’a tuée.

Le Maître des Nuées se fige et écoute Lothaire. Mais son destrier infernal semble vouloir charger.

Le Maitre des Nuées le retient tant qu’il peut, puis, convaincu des propos de Lothaire, descend de sa monture, mais celle-ci en profite pour les attaquer.

Ils lui décochent quelques flèches et finissent par l’achever, mais pas avant que le destrier n’ait gravement blessé Lothaire. Ils reviennent vers le Bosquet de Pins. Fallémon leur parle et leur conseille de se préserver de la colère car elle pervertit les mages plus encore que quiconque. Oui, il a le don et a été apprenti dans une alliance, un mage de Fons Luminis était son parens, mais il n’a jamais terminé sa formation car sa colère l’en a détourné et transformé. Il donne un pendentif à Evrard, c’est Custofonus son maître qui lui avait donné. Avec ce pendentif, il l’invite à trouver un pylône près du gué de la Bataille, au sud de Clécy et d’attendre pour accéder à Fons Luminis.

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Gauvain de Laval, Fléau des Norrois.