Le Haut Moyen-Age

Le Moyen Âge est une période de l’histoire de l’Europe, s’étendant du Ve siècle au XVe siècle, qui débuta avec le déclin de l’Empire romain d’Occident et se termina par la Renaissance et les Grandes découvertes. Située entre l’Antiquité et l’époque moderne, la période est subdivisée entre le haut Moyen Âge (VIe – Xe siècle), le Moyen Âge central (XIe – XIIIe siècle) et le Moyen Âge tardif (XIVe – XVe siècle).

Évolution de la société

La structure politique de l’Europe occidentale changea profondément avec la fin de l’Empire romain d’Occident. Même si les mouvements de populations durant cette période ont été qualifiés d’« invasions », il ne s’agissait pas d’expéditions militaires mais de migrations concernant des peuples entiers. Les structures romaines en Occident ne disparurent néanmoins pas brusquement car ces barbares ne représentaient que 5 % de la population d’Europe occidentale. Le mélange des élites barbares et romaines notamment par le biais du christianisme donna naissance à une nouvelle société intégrant des éléments des deux cultures. La disparition de la bureaucratie romaine entraîna cependant l’effondrement du système économique romain et la plupart des nouvelles entités politiques finançaient leurs armées de manière décentralisée par le biais de chefs locaux et du pillage plutôt que de manière centralisée par l’impôt. La pratique de l’esclavage déclina mais avec la ruralisation de la société, il fut remplacé par le servage.

En Europe occidentale, de nouvelles entités apparurent dans les anciens territoires de l’Empire romain. Les Ostrogoths menés par Théodoric (d. 526) s’installèrent en Italie à la fin du Ve siècle et créèrent un royaume caractérisé par une coopération entre Italiens et Ostrogoths du moins jusqu’à la fin du règne de Théodoric. Le premier royaume burgonde fut détruit par les Huns en 436 et un nouveau fut fondé dans les années 440 dans l’actuel Est de la France. Dans le Nord de la Gaule, les Francs formèrent plusieurs royaumes indépendants qui furent unifiés et christianisés par Clovis (r. 481-511). Dans les îles Britanniques, les Anglo-saxons s’installèrent aux côtés des Britto-romains mais l’actuelle Angleterre resta divisée en plusieurs royaumes formant l’Heptarchie. Au sud, les Wisigoths et les Suèves formèrent respectivement des royaumes dans l’Est et l’Ouest de la péninsule Ibérique tandis que les Vandales s’installèrent en Afrique du Nord. Profitant du chaos causé par les attaques byzantines en Italie, les Lombards supplantèrent le royaume ostrogoth à la fin du VIe siècle. Plus à l’est, des peuples slaves s’installèrent en Europe centrale et orientale dans les anciens territoires des tribus germaniques même si les circonstances de ces migrations restent en grande partie inconnues. Au niveau linguistique, le latin fut progressivement remplacé par des langues apparentées mais distinctes regroupées sous l’appellation de langues romanes tandis que le grec resta la langue dominante de l’Empire byzantin et que les Slaves apportèrent leurs propres langages en Europe de l’Est.

Survivance byzantine

Alors que l’Europe occidentale se fragmentait en de multiples nouveaux royaumes, l’Empire byzantin conserva globalement son intégrité territoriale et son économie resta dynamique jusqu’au début du VIIe siècle. La Perse étant également menacée par des peuples nomades venant d’Asie centrale, une paix relative exista une grande partie du Ve siècle entre les Byzantins et les Sassanides. Au niveau politique, l’influence de l’Église était bien plus forte dans l’Empire byzantin qu’en Europe occidentale et les questions doctrinales influençaient fréquemment les décisions des dirigeants. Le droit romain de tradition orale fut codifié par Théodose II (r. 408-450) en 438 et une autre compilation fut menée par Justinien sous la forme du Corpus Iuris Civilis en 529. Justinien supervisa également la construction de la basilique Sainte-Sophie à Constantinople et son général Bélisaire (d. 565) reprit l’Afrique du Nord aux Vandales et l’Italie aux Ostrogoths. Cette reconquête ne fut pas complète car la détérioration de la situation économique causée par une épidémie de peste en 542 l’empêcha de mener de nouvelles offensives jusqu’à la fin de son règne. À sa mort, les Byzantins avaient repris le contrôle d’une grande partie de l’Italie, de l’Afrique du Nord et du Sud de l’Espagne. Les historiens ont cependant critiqué les conquêtes de Justinien qui épuisèrent les finances de l’Empire et le rendirent probablement trop étendu pour être défendu efficacement ; l’Italie fut ainsi envahie par les Lombards quelques années plus tard et tous les autres territoires furent perdus dans la première moitié du VIIe siècle.

L’Empire byzantin fut également menacé par l’installation des Slaves dans les provinces de Thrace et d’Illyrie au milieu du Ve siècle tandis que dans les années 560, les Avars turcophones migrèrent jusqu’au nord du Danube. À la fin du siècle, ces derniers étaient devenus la puissance dominante en Europe orientale et les empereurs byzantins devaient régulièrement payer des tributs pour éviter leurs attaques. Ils restèrent une menace jusqu’à la fin du VIIIe siècle et l’arrivée des tribus hongroises dans le bassin du Danube. L’empereur Maurice (r. 582-602) parvint à stabiliser la situation (en) en Europe mais les Sassanides de Khosro II (r. 590-628) profitèrent de l’instabilité causée par son renversement pour envahir l’Égypte, le Levant et une partie de l’Asie mineure. L’empereur Héraclius (r. 610-641) organisa une contre-attaque victorieuse avec notamment l’appui d’auxiliaires turcs dans les années 620 et il parvint à récupérer tous les territoires perdus en 628.

Société occidentale

En Europe occidentale, le système éducatif romain (en) essentiellement oral disparut et si le degré d’alphabétisation resta élevé chez les élites, savoir lire devint plus une compétence pratique qu’un signe de statut social. La littérature de l’époque devint majoritairement d’inspiration chrétienne et au IVe siècle, Jérôme de Stridon (d. 420), l’un des Pères de l’Église, rêva que Dieu lui reprochait de plus lire Cicéron que la Bible. Les textes classiques continuèrent néanmoins d’être étudiés et certains auteurs comme Augustin d’Hippone (d. 430), Sidoine Apollinaire (d. 486) et Boèce (d. 524) devinrent des références durant tout le Moyen Âge et jusqu’à nos jours. La culture aristocratique délaissa les études littéraires, tandis que les liens familiaux et les valeurs de loyauté, de courage et d’honneur conservèrent une place importante. Ces liens pouvaient mener à des conflits au sein de la noblesse qui pouvaient être réglées par les armes ou par l’argent.

En raison du faible nombre de documents écrits sur le monde paysan avant le IXe siècle, la vie des classes inférieures est bien moins connue que celle de la noblesse et la plupart des informations est issue de l’archéologie ou des textes juridiques et des écrivains des classes supérieures. L’organisation foncière n’était pas uniforme en Europe occidentale et certaines régions étaient fragmentées en de nombreuses propriétés tandis que dans d’autres, les grandes exploitations étaient la norme. Ces différences créèrent une grande variété de sociétés rurales et cela influa sur les relations de pouvoir ; certaines communautés étaient dominées par l’aristocratie tandis que d’autres disposaient d’une large autonomie. La population rurale n’était pas non plus répartie de manière uniforme et des villages de plusieurs centaines d’habitants pouvaient cohabiter avec des fermes isolées dispersées dans toute la campagne. La société du Haut Moyen Âge était moins figée qu’à la fin de l’Empire romain et via le service militaire auprès d’un seigneur local, une famille de paysans libres pouvait accéder à l’aristocratie en quelques générations.

La fin de l’Empire romain et le début du haut Moyen Âge virent une diminution importante de la population et la taille des villes se réduisit fortement. Rome passa ainsi de près d’un million d’habitants au IIIe siècle à environ 30 000 à la fin du VIe siècle. Les temples romains furent convertis en églises chrétiennes tandis que d’autres constructions et monuments furent utilisés comme sources de matériaux de construction. L’apparition de nouveaux royaumes entraîna à l’inverse une croissance démographique dans les villes choisies capitales. Les migrations et les invasions de l’Antiquité tardive bouleversèrent les réseaux commerciaux établis par les Romains autour de la Méditerranée. Les produits importés furent donc remplacés par des productions locales en particulier pour les régions éloignées de la Méditerranée comme la Gaule et la Grande-Bretagne et seuls les produits de luxe continuèrent à être transportés sur de longues distances.

Expansion de l’Islam

L’Empire byzantin et la Perse connurent un grand foisonnement religieux au VIe siècle. En plus du christianisme et de ses nombreux courants idéologiques, le judaïsme et le zoroastrisme étaient également influents, tandis que des cultes polythéistes existaient dans la péninsule arabique. Dans les années 610 et 620, Mahomet fonda une nouvelle religion, l’islam, et unifia les tribus arabes. Profitant du chaos provoqué par la guerre entre l’Empire byzantin et la Perse, les Arabes annexèrent les seconds entre 637 et 642 et chassèrent les premiers du Levant (en) en 634-635 et de l’Égypte (en) en 640-641. Ils envahirent également l’Afrique du Nord à la fin du VIIe siècle et la péninsule ibérique qu’ils appelèrent Al-Andalus dans les années 710.

L’expansion musulmane en Europe cessa au milieu du VIIIe siècle avec l’échec du siège de Constantinople en 718 et la défaite face aux Francs à Poitiers en 732. Une autre raison de cet arrêt fut l’effondrement de la dynastie des Omeyyades en 750 et son remplacement par les Abbassides. Ces derniers installèrent leur capitale à Bagdad et se préoccupèrent plus du Moyen-Orient que de l’Europe. Le monde musulman était également traversé par des tensions internes et les Abbassides perdirent le contrôle de l’Espagne au profit de l’émirat de Cordoue tandis que l’Afrique du Nord et l’Égypte devinrent respectivement gouvernées par les Aghlabides et les Toulounides63.

Église et monachisme

Le christianisme était un important facteur d’unité entre l’Est et l’Ouest de l’Europe mais la conquête arabe de l’Afrique du Nord rompit les liens maritimes entre les deux régions. Des différences théologiques et politiques émergèrent alors et au milieu du VIIIe siècle, les divergences concernant l’iconoclasme, le célibat des prêtres, le contrôle étatique de l’Église et la liturgie (en grec à l’Est et latin à l’Ouest) devinrent particulièrement profondes. La rupture fut officialisée en 1054 lorsque le pape et le patriarche de Constantinople s’excommunièrent mutuellement après des affrontements au sujet de la suprématie pontificale. La Chrétienté fut ainsi divisée en deux avec une branche occidentale qui devint l’Église catholique et une branche orientale qui forma l’Église orthodoxe.

La structure ecclésiastique apparue sous l’Empire romain resta globalement inchangée malgré les bouleversements de l’Antiquité tardive mais la Papauté avait peu d’influence et peu d’évêques suivaient son autorité religieuse ou politique. Avant 750, les papes se préoccupaient essentiellement des controverses théologiques avec les Byzantins et sur les 850 lettres du pape Grégoire Ier (pape 590-604) qui nous sont parvenus, la vaste majorité concernait les affaires en Italie et à Constantinople. La christianisation de l’Europe occidentale, déjà bien avancée à la fin de l’Empire romain, se poursuivit et des missions furent notamment envoyées en Grande-Bretagne en 597 pour évangéliser les Anglo-Saxons. Les moines irlandais (en) comme Colomban (d. 615) furent particulièrement actifs entre les VIe et VIIIe siècles et ils fondèrent des missions en Angleterre puis dans l’actuelle Allemagne.

Le haut Moyen Âge vit l’émergence du monachisme en Europe occidentale dont le concept avait été développé par les Pères du désert d’Égypte et de Syrie. Les moines vivaient généralement de façon autonome et se concentraient sur la vie spirituelle en appliquant les enseignements cénobitiques développés par Pacôme le Grand (d. 348) au IVe siècle. Les idéaux monastiques se répandirent en Europe occidentale grâce aux hagiographies comme la Vie d’Antoine. Au VIe siècle, Benoît de Nursie (d. 547) rédigea la règle de saint Benoît qui détaillait les responsabilités administratives et spirituelles d’une communauté de moines dirigée par un abbé. Les moines et les monastères eurent un impact considérable sur la vie politique et religieuse et servaient de gestionnaires pour les biens de la noblesse, de centres de propagande et de soutien au pouvoir royal dans les régions conquises et de bases pour l’évangélisation. Ils étaient les principaux et parfois les seuls centres intellectuels d’une région et la plupart des textes antiques qui nous sont parvenus ont été copiés dans des monastères durant le haut Moyen Âge. Les moines comme Bède (d. 735) furent également les auteurs de nouveaux travaux en histoire, en théologie et dans d’autres domaines. Tout au long du Moyen Âge, les moines ne représentèrent cependant qu’une très faible proportion de la population, en moyenne moins de 1 %.

Empire carolingien

En Grande-Bretagne, les descendants des envahisseurs anglo-saxons fondèrent les royaumes rivaux de Northumbrie, de Mercie, de Wessex, et d’Est-Anglie durant l’Heptarchie, tandis que des entités plus petites en Écosse et dans le Pays de Galles restaient sous le contrôle des Bretons et des Pictes natifs de l’archipel. Le paysage politique irlandais était encore plus fragmenté avec près de 150 rois locaux d’autorité variable. Durant les VIe et VIIe siècles, le royaume franc dans le nord de la Gaule se désintégra en plusieurs royaumes, l’Austrasie, la Neustrie et la Bourgogne gouvernés par des membres de la dynastie mérovingienne descendant de Clovis. Les deux premiers furent fréquemment en guerre durant le VIIe siècle et ces affrontements furent exploités par Pépin de Landen (d. 640), le maire du palais d’Austrasie, qui devint le principal conseiller du roi. Ses descendants devinrent à leur tour rois ou servirent comme régents ou conseillers. L’un d’eux, Charles Martel (d. 741), mit un terme aux incursions musulmanes au nord des Pyrénées après la bataille de Poitiers en 732.

Les successeurs de Charles Martel, formant la dynastie carolingienne prirent le contrôle des royaumes d’Austrasie et de Neustrie lors d’un coup d’État organisé en 753 par Pépin III (r. 752-768). Cette accession au pouvoir fut accompagnée d’une propagande représentant les Mérovingiens comme des souverains incapables et cruels et qui vantait les exploits de Charles Martel et la grande piété de sa famille. Comme cela était la tradition à l’époque, le royaume de Pépin III fut partagé à sa mort entre ses deux fils Charles (r. 768-814) et Carloman (r. 768-771). Quand ce dernier mourut de causes naturelles, son frère profita de la situation pour réunifier les possessions de son père. Charles, généralement appelé Charles le Grand ou Charlemagne, entreprit une politique d’expansion agressive qui permit d’unifier une grande partie de l’Europe occidentale au sein de l’Empire carolingien s’étendant sur la majeure partie de l’actuelle France, du nord de l’Italie et de l’Ouest de l’Allemagne moderne.

Sa cour à Aix la Chapelle fut le centre d’un renouveau culturel appelé Renaissance carolingienne qui vit un épanouissement des arts et de la culture. Au niveau linguistique, le latin classique utilisé depuis l’Empire romain évolua vers une forme plus adaptée aux besoins de l’administration et du clergé qui fut appelé latin médiéval. La minuscule caroline apparut également pour remplacer l’onciale romaine ; plus ronde, elle facilitait la lecture et se diffusa rapidement dans toute l’Europe. Charlemagne encouragea des évolutions de la liturgie en imposant les pratiques romaines et le chant grégorien dans les églises.

En 774, Charlemagne battit les Lombards et la fin de cette menace marqua le début des États pontificaux qui existèrent jusqu’à l’unification italienne au XIXe siècle. Son couronnement comme empereur d’Occident par le pape le jour de Noël de l’année 800 fut considéré comme une renaissance de l’Empire romain d’Occident tandis que ce nouveau titre permettait à Charlemagne de se placer au même niveau que l’empereur byzantin. L’Empire carolingien restait cependant très décentralisé et l’administration impériale était composée d’une cour itinérante tandis que le territoire était subdivisé en centaines de comtés. Les activités des fonctionnaires locaux étaient contrôlées par des représentants impériaux appelés missi dominici (« envoyés du seigneur »). La société restait très rurale et ne comptait que quelques villes tandis que le faible commerce était limité aux îles britanniques et à la Scandinavie.

Réorganisation de l’Europe

Juste avant de mourir, Charlemagne couronna empereur son unique fils Louis Ier (r. 814-840) mais son règne fut marqué par les luttes de pouvoirs entre ses fils. Avant sa mort, il divisa l’Empire entre son fils aîné Lothaire (d. 855) qui obtint la Francie orientale située à l’est du Rhin et son plus jeune fils, Charles (d. 877) qui reçut la Francie occidentale, tandis qu’un troisième fils, Louis (d. 876), fut autorisé à régner sur la Bavière sous la suzeraineté de Charles. Le partage fut contesté après la mort de Louis Ier et au terme d’une guerre civile de trois ans, les frères s’accordèrent sur le traité de Verdun. Charles obtint les territoires occidentaux correspondant à une grande partie de la France actuelle, Louis reçut la Bavière et les territoires orientaux de l’Empire aujourd’hui situés en Allemagne tandis que Lothaire conserva son titre d’empereur et régna sur la Francie médiane située entre les possessions de ses deux frères. Ces royaumes furent à leur tour divisés et toute cohésion interne disparut. La dynastie carolingienne s’éteignit en Francie orientale en 911 avec la mort de Louis IV en 911 et le choix de Conrad Ier sans lien de parenté. Elle perdura plus longtemps en Francie occidentale mais fut finalement remplacée en 987 par la dynastie capétienne avec le couronnement de Hugues Capet (r. 987-996).

La désintégration de l’Empire carolingien s’accompagna de nouvelles vagues de migration. Les Vikings originaires de Scandinavie pillèrent les côtes britanniques et continentales de la mer du Nord et s’y installèrent au début du IXe siècle. En 911, le chef viking Rollon (d. c. 931) fut autorisé par le roi franc Charles III (r. 898-922) à s’installer dans ce qui devint la Normandie. Depuis cette base, les Normands lancèrent des expéditions militaires notamment en Angleterre avec Guillaume le Conquérant (d. 1087) et jusque dans le Sud de l’Italie avec Robert Guiscard (d. 1085). À l’Est, les frontières des royaumes francs furent la cible de nombreuses attaques hongroises jusqu’à ce que ces derniers ne soient battus à la bataille du Lechfeld en 955 et se sédentarisent dans la plaine de Pannonie.

Les actions des dirigeants locaux pour faire face à ces invasions entraînèrent la formation de nouvelles entités politiques. En Angleterre anglo-saxonne, le roi Alfred le Grand (r. 871-899) négocia avec les envahisseurs vikings le partage du territoire et céda une bonne partie du Nord et de l’Est de l’Angleterre. Au milieu du Xe siècle, ses successeurs reprirent certains territoires et restaurèrent la domination anglaise sur le Sud de la Grande-Bretagne. Plus au nord, Kenneth MacAlpin (d. c. 860) rassembla les Pictes et les Écossais au sein du royaume d’Alba. Au début du Xe siècle, la dynastie ottonienne s’imposa dans le royaume de Germanie qui avait succédé à la Francie orientale et combattait les Hongrois. Otton Ier (r. 936-973) renforça son pouvoir et en 962, il fut couronné empereur du Saint-Empire romain germanique. En Espagne, les chrétiens qui avaient été repoussés au nord de la péninsule par l’expansion musulmane s’étendirent progressivement vers le sud aux IXe et Xe siècles et fondèrent les royaumes de León et de Navarre.

Les activités des missionnaires en Scandinavie aux IXe et Xe siècles facilitèrent l’émergence de royaumes comme la Suède, le Danemark et la Norvège. En plus de l’Angleterre et de la Normandie, les Vikings s’installèrent en Islande et dans ce qui devint la Russie. Dans cette région, ils développèrent un important réseau commercial en s’appuyant sur le réseau fluvial de la région et ils tentèrent même de prendre Constantinople en 860 et 907. Malgré ces attaques, la situation de l’Empire byzantin, ébranlée par les attaques musulmanes, s’améliora durant les règnes des empereurs Léon VI (r. 886-912) et Constantin VII (r. 913-959) de la dynastie macédonienne. Le commerce fut relancé et les réformes de l’administration et de l’armée permirent à l’empereur Basile II (r. 976-1025) de progresser sur tous les fronts. La cour impériale fut le centre d’une renaissance culturelle avec des auteurs comme Jean Géomètre (d. c. 1000). Les missionnaires venant à la fois de l’Ouest et de l’Est convertirent les Moraves, les Bulgares, les Polonais, les Hongrois et les slaves de la Rus’ de Kiev et ces conversions contribuèrent à la formation de nouveaux États sur les terres de ces peuples comme la Moravie, la Bulgarie, la Pologne ou la Hongrie.

Art et architecture

Peu de grands bâtiments en pierre furent construits entre les IVe et VIIIe siècles mais l’Empire carolingien raviva le concept de basilique dont la principale caractéristique était la présence d’un transept perpendiculaire à la nef. Elles comportaient également une tour-lanterne au-dessus de la croisée du transept et une façade monumentale généralement située à l’extrémité ouest du bâtiment. La cour de Charlemagne semble avoir été responsable de l’introduction des sculptures monumentales dans l’art chrétien et à la fin du haut Moyen Âge, les représentations humaines presque grandeur nature comme la croix de Gero s’étaient répandues dans les plus grandes églises.

L’art carolingien était destiné à un petit groupe de personnes appartenant à la cour ainsi qu’aux monastères et aux églises qu’elle soutenait. La volonté carolingienne était de retrouver les formes et la splendeur de l’art romain et byzantin, tandis que l’art anglo-saxon cherchait à associer les formes et les motifs celtiques avec ceux venant de la Méditerranée. Les œuvres religieuses du haut Moyen Âge qui nous sont parvenus sont essentiellement des manuscrits enluminés et des ivoires utilisés dans des pièces d’orfèvrerie qui ont depuis été fondues. Les objets en métaux précieux étaient les plus prestigieux mais ils ont presque tous été perdus hormis quelques croix comme la croix de Lothaire et des reliquaires. D’autres ont été retrouvés lors de découvertes archéologiques médiévales comme les trésors de Sutton Hoo en Angleterre anglo-saxonne, de Gourdon en France mérovingienne, de Guarrazar en Espagne wisigothique et de Nagyszentmiklós en Roumanie près du territoire byzantin. De nombreux livres enluminés nous sont parvenus comme le Livre de Kells et les Évangiles de Lindisfarne anglo-saxons ou le Codex Aureus de Saint-Emmeran carolingien qui est l’un des rares à avoir conservé sa première de couverture en or et incrustée de pierres précieuses.

Développements militaires

Durant le Bas-Empire, les Romains cherchèrent à développer une force de cavalerie efficace et la création d’unités de cataphractaires lourdement protégés d’inspiration orientale fut une des solutions proposées. Cependant, en l’absence d’étrier, qui ne fut introduit en Europe que vers le VIIIe siècle, l’efficacité de la cavalerie en tant qu’unité de choc était limitée car il n’était pas possible de transférer toute l’énergie du cavalier et de sa monture dans les coups portés sans risquer d’être désarçonné. La cavalerie était donc essentiellement légère et était souvent composée d’archers équipés de puissants arcs composites. La composition des armées barbares n’était pas uniforme et certaines tribus comme les Anglo-Saxons étaient majoritairement composées de fantassins tandis que les Wisigoths et les Vandales intégraient une plus grande proportion de cavaliers. L’importance de l’infanterie et de la cavalerie légère commença à décliner au début de la période carolingienne du fait de la domination croissante de la cavalerie lourde grâce à l’utilisation des étriers. Une autre avancée technologique qui eut des implications au-delà du domaine militaire fut le fer à cheval qui permit aux chevaux d’être utilisés sur tous les types de terrains. L’art de la guerre fut également marqué par l’évolution de la spatha romaine qui s’allongea et s’affina pour donner naissance à l’épée médiévale tandis que l’armure d’écailles fut progressivement remplacée par la cotte de mailles et l’armure lamellaire  plus flexibles. L’emploi de milices levées parmi la population déclina durant la période carolingienne avec une plus grande professionnalisation de l’armée. Une exception fut l’Angleterre anglo-saxonne où les armées restaient composées de levées régionales appelées fyrds commandés par les élites locales.