Des destins se croisent à Condé : Un heureux hasard ? (groupe 2)

Chers lecteurs, vous pardonnerez je l’espère mon style expéditif. J’ai pris l’habitude lors de mes nombreuses expéditions de coucher sur parchemin le récit de toutes mes aventures, mais bien que je commence à faire des efforts pour plaire à ma douce Arana, je ne suis pas encore devenu un grand écrivain.

Honoré de la Pommeraye

Condetensem Vicum, le 21 Junius 1030

Je passerai les détails de notre passage à Condetensem, mon impétuosité ayant encore frappé… Mais mazette, la Foire de la Saint-Jean fut riche en rencontres ! Tout d’abord, ce Sarrazin de la maison Jerbiton venu acheter des remèdes pour le compte du Baron Taisson du Thuit, Abu. Puis le Mage Guernicus Alastair venu enquêter pour l’Ordre sur le vol de la Dîme du diocèse de Bayeux survenu il y a peu dans la région. Et la jeune Metkilde – une pure beauté, malheureusement peu portée sur l’hygiène – entrée en trombes dans l’auberge pour nous demander de l’aide. La sublime Mérinita nous aurait vus dans une de ses visions l’accompagnant auprès d’une colonne de pierres à l’orée d’une forêt, près du Rû. Sans oublier, ô grand jamais, ma douce Arana, merveilleuse Mage Verditius qui me comble de bonheur.

Je n’en dirai pas plus, notre départ ayant été précipité par ma fougue.

Justin de Condé, Vavasseur de Condé

Nous voilà donc partis à la suite de Metkilde pour sauver sa sœur Astrid, détenue dans la forêt par Ragnar le Norrois, le veneur de Guillaume de Bellême. Guillaume de Bellême est le beau-père de Metkilde. Son fils, Guillaume de Talvas a répudié sa femme et la pourchasse pour la juger pour sorcellerie ; enlever sa soeur Astrid était un piège pour la retrouver.

Ragnar le Norrois

Mes souvenirs sont peu précis, j’étais aux abois, préoccupé par la sécurité de ma princesse. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a bien eu une bataille et que Denis, pauvre soldat du Thuit y a perdu la vie sous les yeux de son frère Étienne, mais que les kidnappeurs ont également subi des pertes. Nous retrouvons donc Astrid grièvement blessée, ainsi que Sigismond, un moine nimbé d’une odeur de vinasse, le compagnon d’Alastair. Fait captif, nous interrogeons Ragnar qui nous révèle être le compagnon d’Eduardus de Tytalus et qu’il espionne Guillaume de Bellême pour le compte de l’Alliance de Montverte. Le veneur possède un faucon et un chien loup.

Le Thuit, le 23 Junius 1030

Nous suivons la voie romaine en direction du Domaine du Baron de Taisson, en passant par Clécy, Saint-Rémi et Thury. Arrivés aux abords du Thuit, nous remarquon

s au loin un magnifique château de pierres récemment construit et installons notre campement. Abu part seul au château car il a affaire avec le Baron ;  Alastair et moi en profitons pour lui demander de nous obtenir une entrevue avec Raoul l’Angevin.

Nous entrons dans le château, surveillés par des soldats sous les ordres d’Eudes de Beaupré, le maître d’armes du Thuit. Après nous avoir observés de haut pendant quelques instants, Raoul le Jeune nous invite à sa table.

Toute la famille Taisson est présente au dîner. Raoul le Vieux qui a cédé les rênes de la Baronnie à son premier fils, seule la venue au monde imminente de son petit-enfant l’intéresse. Alpaïde sa femme la Baronne et leur second fils Ernéïs. Et enfin Raoul le Jeune, le maître des lieux. Sa femme Alberède est quant à elle absente, alitée elle est sur le point d’accoucher.

Raoul l’angevin

Alastair informe le seigneur du Thuit qu’il enquête de façon officieuse pour le compte de l’Ordre sur le vol récent de la Dîme de Bayeux. Eudes, le maître d’armes lui indique qu’il a déjà été confronté à des brigands aux environs de Bonoeil ; il se souvient d’une odeur de fleurs. Nous leur racontons ensuite notre aventure de la veille et Alastair ment sur l’issue de notre rencontre avec Ragnar et Alpaïde coupe court à la conversation.

Je m’entretiens ensuite en privé avec Raoul, il me conseille de m’adresser au Vicomte de Montgomery ou directement au Duc de Normandie par l’intermédiaire du prévôt de Falésia.

Abu est appelé au chevet de la parturiente et le repas prend fin. Il aidera à mettre au monde une jolie petite fille nommée Aélis.

Raoul le Jeune

Le reste de la troupe décide de se séparer et de se retrouver dans quelques jours au campement. Alastair et Sigismond prennent la route de Thury pour tenter de débusquer les pillards. Honoré et Arana décident de se rendre à la Pommeraye, ils emmènent avec eux Astrid et Metkilde cachées dans leur charrette.

Metkilde se réveille enfin ! Nous lui relatons les derniers événements et les intentions de chacun. Alastair et Sigismond sont partis à la recherche d’informations sur le vol de la Dîme de Bayeux. Non mais quelle imprudence, ils ne sont pas du tout équipés pour le voyage et j’ai de gros doutes sur leurs capacités à se défendre en cas de rencontre malheureuse. Rappelez-vous que nous venons tout juste de libérer Sigismond des fers de Ragnar le Norrois, veneur de Guillaume de Bellême… Mais qu’est-ce que j’en sais, moi qui ne suis qu’un grand voyageur !

La Pommeraye, le 24 Junius 1030

Armoiries de la Pommeraye

Le voyage a été plus long que je l’imaginais et nous installons notre camp à une demi-heure de marche du village de la Pommeraye. Auprès du feu, nous échangeons nos informations avec Metkilde, lui parlons des bandits sur lesquels enquêtent Alastair. L’odeur de lilas lui rappelle la signature d’un sort qu’elle connaît bien, la Fragrance du Sommeil Paisible. À sa connaissance, il n’existe pas d’alliance connue entre des fées et des brigands mais qui peut bien prédire les agissements des fées ? Très intéressée par les fées, elle nous parle de deux Régios Féériques connus dans la régions. D’abord, la Forêt des Chênes Parlants, un Régio Féérique extrêmement puissant dans lequel règnent plusieurs Princes Féériques. Au cœur d’une clairière, l’arche érigée au milieu de 7 chênes serait un passage vers l’Arcadie, la dimension des fées. Puis la Colline du Cornu qui jadis portait un temple gaulois consacré au Dieu Cornu Cernunnos. D’abord détruit par les Romains, il fut reconstruit pour être à nouveau détruit par les Chrétiens. Cernunnos reparti vers l’Arcadie, la colline demeure un lieu de rassemblement secret pour les fidèles du Dieu de la Fertilité.

La nuit bien avancée, nous décidons d’aller nous coucher et établissons des tours de garde alors qu’Arana entoure le camp d’un cercle de protection contre les animaux. Ma bien-aimée est si inspirée ! Alors que je montais la garde, un hurlement de loup déchira la nuit et me glaça le sang. Je n’avais jamais rien entendu de tel, un hurlement surnaturel qui me figea dans une peur démesurée. Rapidement, d’autres loups répondirent et nous viment des ombres commencer à tourner autour du campement. Un premier loup tenta de franchir le cercle, puis e

Le Loup

n vinrent plusieurs qui échouèrent tous à leur tour. Soudain, un grand loup gris, bien plus puissant et vigoureux que ses semblables se posta à une dizaine de mètres du campement et nous toisa de son regard particulièrement brillant. Au bout de quelques instants, après qu’Arana et Metkilde l’aient salué, il rappela sa meute et tous repartirent dans la forêt.

Ce loup évoque à Metkilde un autre loup, Tarlan, une créature féérique solitaire connue pour chasser ses proies jusqu’à l’épuisement.

Le 25 Junius 1030

Les vergers du domaine

Nous levons le camp pour entrer dans le village. Sur le chemin, nous croisons une meute de chiens, suivie par trois hommes à cheval. Le cavalier qui semble être leur chef s’arrête à notre niveau et nous interroge sur notre venue. Il s’agit de Rolf, l’intendant de la Pommeraye. Il est balafré et très bien armé, un viking à n’en point douter. Il repart à la poursuite des loups après nous avoir autorisé à entrer dans le village.

Au loin, un manoir de pierres se dessine dans les hauteurs et nous remarquons que des douves et des fortifications ont récemment été apportées au bâtiment d’origine. Arrivés devant le pont-levis, deux gardes norois extrêmement rustres nous ouvrent les portes et le valet Jacques Lepré vient nous accueillir. Je me présente à lui en tant qu’Adriano Primo, négociateur pour le com

Jacques Lepré, valet de Finn Arnesson

pte de la Principessa Arana Urgulanilla de Vérone et l’informe que nous souhaitons rencontrer le seigneur des lieux afin de lui proposer un échange commercial. Jacques nous rétorque qu’il informera le Seigneur Arnesson de notre proposition mais qu’étant fébrile, nous rencontrerons plus probablement Rolf, son intendant. J’insiste, nous verrons.

Sous les conseils de Jacques, nous nous rendons au Pressoir demander à Didier Gourdiot de nous préparer la salle commune et les écuries pour notre attelage. M. Gourdiot est très occupé par la récolte en cours et nous envoie à sa femme. Madame Gourdiot, affairée à plumer une volaille devant chez elle nous accueille et nous fait préparer la salle commune. Elle est préoccupée par la disparition de la petite Suzon, la fille de Jacquotte enlevée par des loups la veille. Apparemment, ce n’est pas la première fois que des loups enlèvent des jeunes filles dans la région.

Comme il me reste encore un peu de temps avant la visite du Seigneur, je décide de me promener dans le village et je croise rapidement une jeune femme en pleurs qui

Rolf le Gros, intendant de la Pommeraye

réclame sa petite fille. C’est Jacquotte Beaupain, la fille du boulanger. Sa petite Suzon a été enlevée alors qu’elle et son amie Marthe étaient au lavoir. Bien que des traces de griffures aient été relevées sur le couffin, je lui exprime mon doute sur l’implication des loups. Je ne suis pas un expert, mais je suis étonné que des bêtes sauvages se soient approchées si près du village en pleine activité et en plein jour. Elle me relate que d’autres cas ont été observés dans la région. Il y a un mois, Jeanne Graindorge a disparu alors qu’elle était partie à la cueillette aux champignons tout près d’ici. Et encore cet hiver, une autre jeune fille fut supposément enlevée par des loups aux environs de Bonoeil. Je lui témoigne ma compassion et retourne à la salle commune.

Comme Jacques Lepré me l’avait fait comprendre, c’est Rolf qui vient à notre rencontre et non le Seigneur Arnesson. Je lui explique que je suis venu d’Italie, attiré par l’excellente réputation de cette nouvelle boisson produite à la Pommeraye, avec l’intention d’ouvrir une voie commerciale entre nos deux domaines. Il semble intéressé. Prétextant la sécurité de l’acheminement des fûts, je lui exprime mes inquiétudes sur les vols observés à plusieurs reprises dans la région. Alors qu’il accepte d’escorter la marchandise jusqu’au port, Arana détecte qu’il ne nous dit pas tout au sujet des brigands. L’affaire rondement menée, Rolf nous quitte et nous partons nous coucher.

Au petit matin, alors que tout le monde dort encore, j’entends toquer à la porte. C’est Jacquotte et Marthe qui sont venues me demander de l’aide. Elles me révèlent ne pas croire à la théorie des loups et me remettent un petit gland veiné de rouge qu’elles ont retrouvé près du couffin de Suzon. Elles me font promettre de retrouver l’enfant.

Nous repartons ensuite vers notre point de rendez-vous au Thuit pour retrouver Abu, fraîchement libéré de ses obligations envers Raoul le Vieux.

Il me faudra revenir dans un mois à la Pommeraye pour sceller l’accord commercial (non, mais qu’est-ce que je vais faire de 5 fûts de 240 litres de cidre ?) et donner je l’espère de bonnes nouvelles à Jacquotte.

Honoré de la Pommeraye, compagnon d’Arana de Verditius