3)Tribunal de Normandie : Culture hermétique contemporaine

Le Sacre de Charlemagne à Rome en 800
Hommage vassalique
Robert II le Pieux (né en 972, mort le 20 juillet 1031)
Henri 1er (1008-1060)
Robert le Danois, archevêque de Rouen et oncle du duc Robert

L’empire de Charlemagne n’était pas un empire comme celui des Romains. Charlemagne n’a pas essayé d’imposer directement son autorité sur ses vastes territoires. Au lieu de cela, il s’est appuyé sur le système vassalique, où les souverains vassaux ont juré allégeance et fidélité et ont régné au nom de leur empereur. Le Vasselage, où le moindre jure serment d’allégeance au grand, est une partie importante de la mentalité médiévale. Les vassaux doivent loyauté à leur suzerain, mais peuvent parfois se faire la guerre entre eux. Alors que sa puissance propre augmente, un vassal peut même devenir une menace réelle à l’autorité royale.

Ces idées ont eu un impact sur la culture hermétique. Les grandes alliances du Tribunal ont adapté l’idée de fidélité et de vasselage, en termes hermétiques, et ont fondé une série d’alliances-filles similaires à certains égards aux ordres monastiques.

De plus, il est souvent difficile pour une alliance de ne pas s’immiscer dans les affaires vulgaires tout en voulant acquérir, conserver ou même agrandir un territoire nécessaire à l’assouvissement des besoins plus que conséquents d’un groupe de mages. Cette partie du monde connait une croissance démographique importante et un essor économique et culturel de premier ordre. Les abbayes, les châteaux, les cathédrales se construisent partout et les champs des paysans et des serfs empiètent de plus en plus sur les zones sauvages et inexplorées.

Il est donc logique que les mages de Normandie s’adaptent et trouvent une place dans cette société féodale « envahissante ». Il n’est donc pas rare de voir des alliances cachées derrière des seigneurs (généralement des compagnons) qui sont eux-mêmes les vassaux d’un baron, d’un duc ou même d’un roi. Or, le suzerain ne met généralement pas beaucoup de temps à savoir qui se cache derrière son vassal un peu étrange et va donc naturellement solliciter les mages et leurs pouvoirs pour régler ses problèmes de politique et de guerre. Ce genre de situation peut donc vite obliger des mages à se mettre en porte à faux par rapport au serment de l’Ordre qui exige de ne pas interférer avec les affaires des vulgaires et qui restreint la vente d’objets magiques puissants aux non mages.

Alors que faut-il faire ? Refuser d’aider un suzerain au risque de voir l’alliance envahie par l’armée d’un seigneur qui ne voit pas l’intérêt d’accepter sur ses terres des sujets qui ne lui servent à rien ? Ou devenir un magicien de cour (comme Merlin avec Arthur) qui offre toute sa puissance à son suzerain quitte à déséquilibrer la géopolitique locale et par effet de dominos s’attirer les foudres d’une autre alliance et du Tribunal lui-même ? Mais comme dit l’adage, « pas vu pas pris ». Un puissant orage qui balaye le campement d’une armée stationnée là avant d’envahir un territoire n’est, après tout, qu’un phénomène naturel venu porter un coup du destin à l’envahisseur, n’est-ce-pas ?

Le fait d’apporter une aide secrète sans témoins avec des conséquences qui peuvent être expliquées naturellement est une question centrale des débats au sein du Tribunal de Normandie.

Héros de la chrétienté

Un autre grand problème dans le Tribunal de Normandie est l’ombre de Charlemagne. Le plus puissant des monarques depuis la fin de l’empire romain était le roi des Chrétiens. Les histoires célébrant ses exploits le présentent comme un tueur et un convertisseur de païens. Les romances et les contes chevaleresques nés à cette époque célèbrent les vertus des héros qui se battent contre les païens, les Sarrasins et tout ce qui n’est pas chrétien. Or les mages peuvent vite être assimilés à des hérétiques ou tout du moins à des gens qui n’observe pas une certaine piété conventionnelle.

Pourtant, les mages du tribunal sont eux-mêmes de confession chrétienne et influencés par leur culture originelle. Beaucoup de mages Flambeau par exemple, sont influencés par les romances chevaleresques. La croisade ou la conquête au nom d’une certaine idée de la croyance et du divin a toujours été un prétexte à la conquête du pouvoir. On peut considérer que cet état d’esprit a beaucoup influencé la décision de nombreux mages de prendre part à la destruction de la Maison Diedne pendant la Guerre du Schisme. Il n’est pas rare de voir s’organiser des chasses aux diabolistes après qu’un mage ou une alliance ait été dénoncée comme pactisant avec le diable ou avec des croyances païennes comme le faisait les Diedne.

L’Église est très puissante et les vertus chrétiennes sont systématiquement ou presque, adoptées par les chevaliers. Même dans des zones reculées on trouve des ermites offrant conseil aux grands de ce monde et faisant des miracles par leur incroyable piété.

Ce danger potentiel pour les alliances qu’est l’excommunication, oblige les mages de Normandie à chercher des compromis et une cohabitation pacifique avec l’Église.

Régionalisme

Les loyautés nationales transparaissent assez peu dans les débats du tribunal même si certaines inimitiés régionales peuvent être suffisamment vivaces pour être reproduites au sein de l’ordre. Ainsi, Bretagne et Normandie sont historiquement ennemies, tandis que l’Ile de France et la Normandie se regardent avec suspicion. L’Aquitaine possède une culture sudiste qui peut paraitre frivole aux yeux des gens du nord.

Mais ce qui s’avère souvent problématique pour les mages est plutôt ce qui peut arriver au niveau de leurs compagnons et servants qui restent des vulgaires avec leurs peurs de tout ce qui est étranger et différent. Ils peuvent perturber une alliance à cause de leurs loyautés régionales, familiales ou leurs inimitiés ancestrales. De plus il se peut que parmi eux se trouvent beaucoup de horsains qui devraient alors subir l’inimitié des locaux.

L’appel à l’aventure

Un des aspects de la culture hermétique du Tribunal est la tradition du magus errant. Dans la culture chevaleresque, le chevalier errant est un homme jeune, souvent chevalier depuis peu, qui cherche à s’établir politiquement et  à gagner l’attention d’un patron puissant par ses actes héroïques. Une part importante de ce processus consiste à courtiser des jeunes filles justes. Le chevalier errant espère ainsi se marier dans la richesse et la stabilité, et être capable de raccrocher ses éperons, de gérer son domaine, et de fonder une dynastie.

Le mage errant est similaire. Il (ou elle) cherche à démontrer son utilité, à acquérir ou à découvrir de nouvelles sources de vis par ses aventures, et à se faire un nom. Bien que nominalement allié à une alliance, les jeunes mages voyagent jusqu’aux coins les plus reculés de l’Europe ou au-delà à la recherche d’aventures et de richesses magiques, puis rentrent à la maison pour prendre leur retraite dans les alliances de Normandie et profitent des fruits de leur pouvoir magique nouvellement acquis et de leur réputation. Bien sûr, la nature exacte de l’aventure recherchée par le jeune mage est déterminé par sa maison et ses intérêts personnels, pourtant il est probablement vrai de dire que le mage normand a tendance à voyager plus loin que beaucoup d’autres membres de l’Ordre d’Hermès.

Le Paysage hermétique

Le Tribunal de Normandie a un certain nombre d’alliances que les mages d’autres tribunaux trouvent inhabituelles ou carrément déroutantes. Beaucoup d’entre elles tournent autour du vis : une ressource plutôt rare dans ce Tribunal, donc jalousement gardée. Depuis La guerre du schisme, beaucoup d’alliances se chamaillent pour l’appropriation des sources de vis laissées vacantes par la disparition de la maison Diedne (voir Histoire du Tribunal de Normandie). Donc, pour éviter de nouveaux conflits, tout vis qui ne provient pas de l’intérieur d’une alliance a été déclaré propriété du Tribunal dans son ensemble plutôt que d’une alliance spécifique.

Cette décision du Code fait que tous les sept ans, les alliances de Normandie participent à un tournoi pour gagner le droit de récolter le vis des sources non détenues par des alliances pendant les 7 années suivantes. Ce tournoi offre également des opportunités pour se voir allouer d’autres ressources – principalement des livres – et une nouvelle alliance peut gagner beaucoup de temps dans son évolution en remportant des prix lors de son premier tournoi.

Le Code Perthien

L’une des particularités du Tribunal de Normandie est que les sources de vis sont inéquitablement réparties sur le territoire. Cela engendre des rivalités intenses pour le gain de ces ressources. Cette compétition sans fin entre les alliances façonne leur taille, leur nombre et leurs liens sociaux.

L’approvisionnement en vis est une question d’importance et plus d’encre et de parchemin ont été utilisés détaillant les différends et les lois concernant les sources de vis que toute autre section du code périphérique du Tribunal.

Les règles normandes concernant l’approvisionnement de vis sont connues sous le nom de Code Perthien, d’après Pertheus, le mage Tytalus qui est responsable de la rédaction de la première version de ces décisions pénales depuis la Guerre du Schisme. La défaite de la maison Diedne a laissé beaucoup de ressources sans propriétaire et tout le monde a cherché à les revendiquer. La lutte qui a résulté de l’affrontement entre les maisons Tytalus et Flambeau (voir Histoire du Tribunal de Normandie) a obligé le Tribunal à adopter un système permettant de distribuer équitablement les sources de vis et ainsi réduire les querelles sur leur propriété.

Le Code Perthien statue sur le fait que toutes les sources de vis, que ce soit un accès exclusif à perpétuité ou à durée déterminée, appartiennent à des engagements, pas à des individus. Il classe les sources vis en 3 types: la saisine, le legs et les tropaea (trophées)

 

La Saisine : le Tribunal de 1028 a statué que toute source de vis située à un jour de marche aller-retour d’une alliance établie dans le Tribunal de Normandie est considérée comme appartenant à cette alliance. Une telle source est appelée une saisine. Une saisine reconnue par le Tribunal accorde à ses propriétaires le droit exclusif de récolte.

 

Le Legs : le Tribunal de 1028 a statué que toute source de vis qui est trop éloignée pour être déclarée en saisine peut être considéré comme un legs du découvreur par un vote du Tribunal. Un bail hérité délivré par le Tribunal offre un droit exclusif de récolter à la source, mais les termes du bail ne durent que sept ans. Si le bail n’est pas renouvelé par vote du tribunal, ce dernier prend possession du legs qui devient alors un tropaeum (voir ci-dessous).

Traditionnellement, toute source nouvellement découverte par le mage d’une alliance est léguée à cette dernière et l’établissement du bail n’est qu’une formalité. La seule exception est si la source de vis est assez proche d’une autre alliance pour être considéré comme une saisine ; or les décisions concernant les saisines priment sur les héritages.

Le renouvellement d’un bail établi est plus difficile à réaliser, et nécessite généralement le soutien d’une autre alliance. Un tel soutien est souvent trop cher pour les jeunes alliances, et les anciennes rivalités entre les anciennes alliances génèrent des difficultés pour établir des coalitions permettant de conserver les legs. À chaque réunion du Tribunal, moins de la moitié des alliances tentant de renouveler un héritage, réussissent. Ceux qui ne sont pas renouvelés deviennent des tropaea (voir ci-dessous). De temps en temps, une source de vis peut rester un héritage pour de nombreux baux s’il y a une raison pour laquelle le vis serait très dur à moissonner par une autre alliance. Par exemple, il peut nécessiter un sort unique, ou un mot de passe, que les découvreurs refusent d’abandonner ; ou il pourrait être très proche d’une alliance, mais prendre plus d’une demi-journée à atteindre ; ou il pourrait être en haut d’une montagne, au fond d’un lac, ou dans de profondes cavernes.

En possession d’un bail existant, une alliance est garantie des droits exclusifs de récolte du vis. Si la preuve peut être offerte au Tribunal qu’un non-locataire a récolté le vis d’un héritage, le délinquant est automatiquement reconnu coupable du crime et puni par privation de son sceau de magicien.

L’alliance qui possède un bail peut accorder la récolte à tout mage ou alliance de son choix y compris à des mages qui ont l’intention d’établir une alliance au sein de la source. Cette dernière devient alors une saisine de la nouvelle alliance. C’est d’ailleurs de cette manière que la plupart des alliances sont constituées en y incluant un rapport de vasselage.

Tropaeum : le tribunal de 1025 a jugé que toute source de vis connue qui n’est pas une saisine ou un legs est un tropaeum (signifiant « trophée »). Il est alors possédé par le Tribunal dans son ensemble. Les Tropaea doivent être distribués parmi les membres du Tribunal qui ont gagné dans le Tournoi avec des baux de sept ans. Une source de vis devient un tropaeum, et donc la propriété du Tribunal, si elle n’est pas réclamée en tant que saisine ou bail d’héritage.

Baux intérimaires et pillage : Le Tribunal de 1028 a déterminé une procédure d’établissement d’une saisine ou d’un legs. Lorsqu’il trouve une source de vis, le découvreur doit signaler son emplacement à un Quaesitor, qui accorde un bail intérimaire sur le vis jusqu’à ce qu’il puisse être officiellement déclaré au prochain Tribunal. Un bail intérimaire n’a pas le même poids légal qu’un bail complet. Plus précisément, il ne garantit pas l’exclusivité car une autre alliance peut obtenir un bail temporaire durant la même période. Les locataires multiples doivent régler cette question en privé jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise au Tribunal.

Toutes les affaires de saisines, legs et tropaea portées devant le Tribunal sont publiques, mais elles garantissent l’exclusivité de la récolte. Une alliance qui récolte une source de vis non répertoriées donc non garantie par un bail se rend coupable de pillage. Traditionnellement le Tribunal traite ces cas sévèrement (les amendes sont généralement supérieures à trois fois la quantité de vis pillé), et beaucoup de mages considèrent que cela ne vaut pas le risque. Mais le renouvellement des baux étant difficile à obtenir une alliance peut être tentée par la récolte clandestine.

Pour toutes ces raisons, il est important pour une jeune alliance sans suzeraine influente de trouver des appuis conséquents au sein du tribunal avant la tenue du premier tribunal qui suit sa création.

La bibliothèque du Tribunal de Normandie

Il y a 50 ans, une célèbre auteur hermétique, Perpauca Bonisagi, a écrit plusieurs grands livres pour la bibliothèque de son alliance. Cependant, son alliance empêchait la plupart des visiteurs de les lire, ce que Perpauca regrettait. Par conséquent, elle commença à écrire des livres afin de les donner au Tribunal dans son ensemble. Elle fut louée pour ses efforts, et d’autres mages , convaincus de l’intérêt de ce geste altruiste suivirent son exemple. Depuis lors, le Tribunal possède un stock de livres qui sont conservés à l’alliance de Confluensis (là où réside Proctor, le Quaesitor Praesidium du Tribunal de Normandie), et ils sont distribués comme prix au Tournoi.

Contribuer à un livre original de la bibliothèque du Tribunal accorde automatiquement à l’auteur un prix au prochain Tournoi, c’est-à-dire le prêt d’un livre de qualité similaire à celui offert. Les livres sont assignés aux contributeurs au début de la procédure de remise des prix  et si plus d’un auteur contributeur désire accéder au même livre, un certamen est utilisé pour résoudre ce conflit. Le locataire est responsable de la sécurité du livre pendant le bail de 7 ans, et il doit être retourné à Confluensis avant le prochain Tribunal dans un état acceptable. Au fil des années, les mages ont laissé des commentaires concernant la qualité et le sujet de chaque tome dans une brochure attachée à la reliure. Les livres sont loués sous « le serment de la vache et du veau »(Alliances, page 123) qui stipule que l’acquéreur du livre ne peut donner ou vendre de copies du livre sans l’accord du propriétaire, c’est-à-dire le Tribunal.

Sessions du Tribunal depuis sa création

874 (réunion inaugurale du Tribunal des Francs de l’Ouest.): alliances présentes : Confluensis, Pagus, Baiocassium, Bibracte et Sinapis (les alliances de Fudarus et de Branugurix faisaient partie du tribunal britannique).

889 (3e réunion du Tribunal des Francs de l’Ouest): Maga Adela de Jerbiton fut accusée d’agir en tant que « sorcier de la cour » du roi Louis III entre 879 et 881. Elle maintint que l’accusation a été portée par un mage avec qui elle avait une ancienne rivalité, et qu’il n’y avait aucune preuve sur risque pour l’Ordre résultant de son amitié avec le roi, qui est mort en 882. Le maga a été acquittée.

892 (5ème réunion du Tribunal des Francs de l’Ouest): Le Tribunal vote pour soutenir la décision de la 7ème réunion du Grand Tribunal d’absorber certains des anciens territoires du Tribunal Provençal et de s’étendre vers l’est pour partager une frontière avec le tribunal du Rhin.

986 (17e réunion du Tribunal des Francs de l’Ouest): À la lumière de la prééminence du duc de Normandie dans les territoires revendiqués par le Tribunal, et le déclin des Francs en tant que peuple, le Tribunal a soutenu la proposition d’Adrianus de Montverte de renommer le Tribunal des Francs de l’Ouest en Tribunal de Normandie

1021 (22e réunion du tribunal de Normandie): Le Tribunal accueille Fudarus (Prima Domus Tytalus) à sa 22e réunion et puisque c’est la seule alliance survivante de Bretagne, le Tribunal absorbe cette dernière et toutes ses ressources. Pertheus de Tytalus propose une série de décisions pour mettre fin aux différends sur les ressources magiques du Tribunal

1028 (23e réunion du Tribunal de Normandie): Pertheus de Tytalus fait voter et entériner les lois proposées lors du précédent tribunal. Cet ensemble de lois prend vite le nom de Code Perthien. Lors de cette session, il a été décidé de sélectionner un groupe de jeunes mages pour remplir une mission d’exploration sur le site d’une ancienne alliance tombée dans l’oubli. Cette décision a été prise pour répondre à la demande de Graccus Le Sage, le mage Criamon le plus âgé du Tribunal. Le tribunal y a vu l’occasion de favoriser l’établissement d’une nouvelle alliance dans une région où beaucoup ont été détruites pendant la Guerre du Schisme. Le but est de « repeupler » la zone et de la « reconquérir ». De plus les origines diverses des jeunes mages doivent garantir un pluralisme et une certaine représentativité de toutes les mouvances du Tribunal de Normandie. Cette initiative n’a pas de précédent au sein de l’Ordre Hermétique.