Bons baisers de Falesia

27 septembre 1031

L’auberge du Tonneau Bleu 

Etienne l’aubergiste

Arrivés à la fin du jour à Falésia, Evrard, Nenvial, Pipa, Aslak, Sigismond, Guilmot le marchand de notre Alliance et moi-même nous installons à l’auberge du Tonneau Bleu, tenue par Herlève et Étienne, la soeur de Guilmot et son mari. L’agitation règne dans l’établissement et nous apprenons qu’une exécution aura lieu le lendemain. Les clients s’amusent à attiser notre curiosité puis à nous laisser dans l’ignorance.

Étienne semble inquiet mais refuse de se confier à Guilmo ou à Pipa, malgré l’insistance de sa femme car il se sent surveillé. Nous n’en saurons pas plus.

 

 

28 septembre 1031

L’exécution

Blason du duc Robert

Au petit matin, piqués par la curiosité, nous nous rendons sur la place publique où aura lieu l’exécution. L’événement semble très attendu et la foule se tasse devant l’échafaud. Nous nous écartons pour laisser la procession seigneuriale s’avancer. L’occasion pour nous d’apercevoir le Vicomte Roger de Montgommery, le Sénéchal du Duc Osbern de Crépon, Arlette la concubine du Duc et leur fils Guillaume, et Gautier de Waipré, frère d’Arlette et garde du corps du petit Guillaume.

Sur l’échafaud, installé à côté du bourreau, le Prévôt Humbert de Bonoeil déclame les chefs d’accusation pendant que l’infanticide est menée jusqu’au billot. La foule est en liesse et à notre plus grande surprise, nous assistons à l’exécution en bonne et due forme d’une truie pour le meurtre de la petite Mickeline, fille d’un fermier de la région.

 

 

Osbern de Crépon

Osbern de Crépon

Informé par Glenn le Hardi que le Sénéchal tient audience tous les mardis midi à l’auberge du Cerf Blanc, je m’y rends afin de tenter d’obtenir un entretien. L’attente fut longue et coûteuse mais la rencontre avec le Sénéchal fut prometteuse. Comme les mages n’hésitent pas à rappeler à la moindre occasion que les affaires des « vulgaires » ne les intéressent pas, je ne m’étendrai pas sur le sujet. Toutefois, vous connaissez tous mes intentions et si vous souhaitez plus d’informations, je me ferai un plaisir de vous les apporter et de vous rappeler en quoi mes ambitions constituent un atout majeur pour l’Alliance.

 

 

 

29 septembre 1031

Umbert de Bonoeil

Umbert le prévôt

Au petit matin, Aslak et moi-même sommes sortis du lit par un garde de la ville qui nous mène derechef à l’Hostellerie du Prévôt. Le Sénéchal Osbern de Crépon nous y attend et nous confie que son frère Umbert de Bonoeil a été touché par un démon. Il nous demande comme une faveur de l’exorciser rapidement et discrètement, avant de nous laisser sous la responsabilité de Tancrède son écuyer (et fils bâtard). Le chef de la garde de la ville est entravé à son lit et semble possédé par une bête sauvage, enragé et féroce comme un sanglier. Nous apprenons de son valet que le Prévôt a sauvagement assassiné ses compagnons la veille au soir après avoir consommé le fruit de leur chasse. Le cuisinier Nordal ajoute que plusieurs personnes ont mangé de ce cerf rapporté par Umbert de Bonoeil sans aucun effet. La viande est inspectée et ne semble pas empoisonnée. Les mages tentent de lancer de nombreux sortilèges mais tous restent sans résultat.

Umbert de Bonnoeil tient son nom de ses terres de chasse offertes par le Vicomte de Montgommery. Passionné par la chasse, il s’y rend régulièrement. Persuadé depuis quelque temps d’avoir découvert des traces de la Noire Beste sur ses terres, il s’y rendait encore plus fréquemment pour la traquer.

Ayant moi-même assisté au Banquet de la Cour d’Ombre et rencontré les sangliers dans la forêt des Chênes Parlants, j’avance l’idée qu’Umbert soit sous l’influence d’un sort de dimension féérique, ce qui expliquerait que la magie hermétique ou occulte demeurent inefficaces. Pipa suppose de son côté que c’est une malédiction et que seul un prêtre pourrait l’exorciser. Aslak décide de contacter son frère resté à Fons Luminis et lui demande d’envoyer urgemment le Père Guillaume à Falésia.

 

 

30 septembre 1031

Une malédiction divine

Guillaume Bonne Ame

Le père Guillaume arrive à l’Hostellerie en compagnie d’Aliénor et Kaldeho et procède sans tarder à l’exorcisme. Il indique que le Prévôt est possédé par un puissant démon, avant de se corriger : Dieu lui-même a maudit Umbert de Bonoeil. Seul un péché capital peut attirer la malédiction Divine et il nous faudra découvrir le péché et obtenir son pardon pour libérer Umbert. Sa présence ne lui semblant plus utile à Falésia, le Père Guillaume reprend la route pour le Bô après avoir convié l’Alliance à la célébration qu’il compte donner au sein même de son église pour Pâques.

Evrard descend dans les geôles afin de faire parler les dépouilles des compagnons de chasse du Prévôt. Ils lui révèlent qu’ils ont tué par erreur un homme pendant la chasse, le confondant avec la Noire Beste et qu’ils l’ont enterré sous un chêne dans la forêt de Bonoeil.

 

 

1 octobre 1031

Bonoeil

Jacquot

Parti la veille au soir chercher ma douce Arana à Fons Luminis, nous retrouvons nos compagnons à Bonoeil dans la matinée. Le petit village compte une cinquantaine d’habitants et les femmes et les enfants entrent dans leurs huttes à notre arrivée. De nombreux mages sont présents et les hommes nous observent avec méfiance. Pipa s’adresse à eux, laissant entendre que nous sommes présents pour le compte du Prévôt. Un homme s’avance alors hache en avant, dévasté par la tristesse et la colère, prêt à découper la pauvre Pipa qui le supplie de l’épargner. L’homme se calme et lui explique que son fils Jod a disparu il y a plusieurs mois après avoir été enrôlé pour la chasse par Umbert de Bonoeil. Il ressent la présence de son fils au bord de la rivière et nous y mène. Nienvall remarque un fantôme qui nous observe, c’est Jod qui nous mène à son tour au pied d’un chêne où nous trouvons un monticule de terre fraîchement retournée. Alors que Nenvial tente de s’adresser au fantôme encore dans le corps enterré, le spectre se matérialise devant nous tous. Le défunt s’élève dans les airs, sa robe de bure bénédictine sous sa cape en peau de sanglier flottant autour de lui et s’adresse à nous en latin. Il est Othlonus Ratisbonensis , un moine de l’Abbaye de Saint-Emmeran, à Ratisbonne en Allemagne, venu en pèlerinage au Mont-Saint-Michel. Dans sa besace, Aliénor trouve un ouvrage intitulé Liber Visionum signé par Othlonus lui-même. Un recueil de visions des différents membres du clergé dans lequel se trouve une lettre adressée au recteur du Mont par l’Abbé allemand qui fait don de ce livre à L’Abbaye du Mont-Saint-Michel.

Nous décidons de rapporter les dépouilles du moine et de Jod au Bô afin que le Père Guillaume les enterre en terre consacrée. Jacquot le bûcheron décide de suivre son fils et de s’installer au Bô. Avant de repartir avec Aliénor, Arana, Nenvial, Evrard et Kaldeho, Aar nous informe qu’il a survolé la forêt avant notre venue et qu’il a remarqué la présence d’un sanglier.

 

 

2 octobre 1031

L’enterrement

Le Bô

Le Père Guillaume prend en charge la cérémonie au cimetière du Bô, terre qu’il a consacrée lui-même. Le fantôme du moine déclare : « Que Dieu bénisse votre action. L’homme recevra le pardon si cela est demandé comme il se doit. » avant de rejoindre son Créateur. Au même moment, des ailes blanches se déploient derrière le Père Guillaume.

 

 

 

Le pardon

De retour à Falésia le soir-même, Pipa, Aslak, Sigismond et moi-même retrouvons Tancrède à l’Hostellerie qui nous informe que le Prévôt a dû être transféré dans une cellule. Nous nous y rendons et prions pour que Dieu le libère de sa malédiction afin qu’il puisse se repentir. Plus tard dans la nuit, le Sénéchal Osbern de Crépon nous rejoint et nous remercie. Nous lui racontons tout ce que nous savons – à l’exception de la découverte du livre que nous avons choisi de conserver pour notre bibliothèque – et lui conseillons de retirer ses terres de chasse à Umbert.

 

Honoré ? Oui, c’est moi.

Honoré

J’attendais depuis plusieurs saisons ce voyage à Falésia et nombre de mes attentes ont été comblées. Comme je l’évoquais précédemment, je partagerai la teneur de mes rencontres avec qui me le demandera. Sachez cependant que le Sénéchal m’a offert un cheval.

Je compte rester encore une ou deux journées à Falésia pour trouver un marchand de pierres pour ma bien-aimée. Peut-être que mes compagnons resteront avec moi pour tenter de découvrir ce qui trouble tant les tenanciers de l’Auberge du Tonneau Bleu ?

Honoré de la Pommeraye

 

Epilogue :

Sigismond resta auprès d’Umbert pour le guider sur le chemin de la repentance. Le cadet d’Osbern subit avec contrition les remontrances de son frère qui lui ordonna d’obéir aux injonctions du Très-Haut. Après quelques jours de prière et de repos, Umbert déclara à la cour du château qu’il avait reçu l’illumination de Dieu et qu’il renonçait à sa vie de pêcheur pour embrasser le service du Seigneur. Il offrit ses terres de Bonoeil à l’archidiaconé de Falesia, renonça à sa charge de prévôt et partit en pèlerinage vers Jérusalem.

En quittant le Hiémois accompagné de Frère Sigismond, il rendit visite au Père Guillaume pour lui remettre les quelques livres en sa possession pour la construction de l’église.Puis il se recueillit sur les tombes du moine et de l’enfant et pria pour son pardon. Là, il se dépouilla complètement de ses atours de chevalier pour revêtir la bure du pèlerin et, armé d’un simple bâton de chêne, il prit la route de Jérusalem.

C’est ainsi que l’alliance hérita d’un cheval de guerre, d’une épée longue, d’une grande épée, d’une lance, d’une cotte de maille complète et d’un écu.

Quelques temps plus tard, Tancrède Fitz Obern fut nommé Prévôt de Falesia par Robert de Normandie.

Ce dernier venait de rentrer victorieux de sa campagne française et passa tout l’hiver auprès de son fils, Guillaume et d’Arlette, sa frilla « more danico » (épouse « à la manière danoise » en latin). Henri 1er, le nouveau Roi de France devait à son puissant vassal normand rien de moins que son trône.